Dans la plupart des anciennes séries, les voitures occupent une place de choix. Elles soulignent le caractère du héros et l’accompagnent partout, au point de devenir pratiquement un personnage qu’on prend soin de filmer sous son meilleur jour. Dans les années 60, le monde occidental s’équipe massivement et découvre la liberté de mouvement. Désormais, on voyage sans effort et sans contrainte. Se déplacer ne répond plus forcément à une nécessité, mais aussi à un désir de découvrir d’autres horizons. Place à l’aventure !
Âmes Fifties
Les Français vont opter pour les marques nationales : la célèbre Renault 4CV, la Dauphine, la Simca Ami 6 ou encore la Peugeot 204. Des voitures fonctionnelles et familiales. Mais, comme le disait Alain Souchon à l’occasion de la sortie de l’album Âmes Fifties., étonnamment, il n’y avait que des voitures de collection à cette époque.
C’est donc tout naturellement que les producteurs de séries ont apporté un soin tout particulier aux voitures que les héros récurrents allaient piloter. Ainsi, dès 1958 au Royaume-Uni, L’homme invisible sera au volant d’une Austin-Healey 100-6. On remarque la performance de l’époque : donner l’illusion qu’elle avance toute seule ! La télévision doit faire rêver le téléspectateur qui découvre le spectacle à domicile.


Plus tard, Roger Moore endosse le rôle de Simon Templar, dit Le Saint, au volant d’une Volvo P1800 blanche immatriculée 71DXC (la plaque d’immatriculation « ST1 » était superposée à l’officielle pour les besoins du film). Initialement, les producteurs avaient envisagé une Jaguar Type E. Mais notons que plusieurs modèles de Volvo ont été utilisés au cours des 118 épisodes de la série sans qu’on ne s’en rende vraiment compte.
On peut encore citer le moyen de locomotion du Prisonnier : la Lotus Seven, une voiture de sport deux places très légère du constructeur automobile britannique Lotus Cars, commercialisée à partir de 1957. Comment pouvait-on faire plus original ?
Et que dire de la mythique Aston Martin DB5 de James Bond, qui roulait encore dans Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga, le dernier film de la saga sorti en 2021 ?


Danny Wilde conduit une Dino 246 GT (filiale de Ferrari) et Brett Sinclair, quant à lui, conduit une Aston Martin DBS, immatriculée BS1 dans Amicalement vôtre. Bien que la voiture soit présentée et badgée comme une DBS V8, équipée de jantes de la marque GKN en alliage, elle était en réalité une DBS à 6 cylindres. Le feuilleton a alors représenté une formidable promotion pour la marque, notamment aux États-Unis, mais la version V8 n’était pas prête commercialement à la date du tournage.
Embouteillages
La place de la voiture est restée centrale pour les scénaristes et producteurs jusqu’aux années 90. On se souvient de la Pontiac Firebird de K2000 (un véritable personnage), de la Ford Gran Torino rouge de Starsky et Hutch, de la Ferrari 308 de Magnum, de la Dodge Charger de Shérif fais-moi peur, du van GMC de L’Agence Tous Risques… Les belles voitures feront toujours rêver, mais le monde change, et elles ne sont peut-être plus le symbole de la liberté et de l’avant-garde comme au temps des héros de nos séries d’antan. Il faut reconnaître que les courses-poursuites automobiles ont tant proliféré sur nos écrans qu’elles en sont devenues familières, presque banales. Les formules anciennes ont perdu leur pouvoir de séduction. Même James Bond lui-même semble peiner à nous convaincre, ses coups de volant intempestifs ne suffisant plus à surprendre, malgré une imagination débordante déployée pour faire virevolter les bolides et à les faire exploser…
Rouler selon son style
Alors, qu’en est-il pour John Steed ? Eh bien, les choses n’ont pas été aussi évidentes. Il faut se souvenir que Patrick Macnee n’était pas, au départ, la vedette principale de la série et que la production en vidéo ne permettait pas vraiment de placer l’action en dehors des studios. Et pourtant, certains plans de coupe extérieurs étaient régulièrement utilisés. Ils étaient tous muets mais on y ajoutait des bruitages ou de la musique. C’est ainsi que l’élégant Patrick Macnee a été vu pour la première fois au volant d’une voiture immatriculée 880OPA dans l’épisode The Sell-Out diffusé en 1962. Mais, surprise, il s’agit là d’une voiture qui aurait presque pu équiper une famille puisqu’il s’agit d’une AC Greyhound (de la marque britannique AC Cars, toujours en activité aujourd’hui). C’est un coupé avec 2X2 places. Elle a été fabriquée à seulement 83 exemplaires entre 1959 et 1963. Autant dire que malgré son allure presque ordinaire, c’était déjà une voiture d’exception dans les mains du jeune et fringant John Steed.
Par la suite, nous le verrons au volant d’une Triumph Herald (distribuée à 300 000 exemplaires) dans Warlock, puis d’une Alvis des années 1930 dans Traitor in Zebra. C’est la toute première fois que Steed révèle son goût pour les voitures anciennes. L’identification de ces véhicules est une affaire de spécialistes et n’est pas garantie. Les ouvrages de Dave Rogers, le site The Avengers de Piers Johnson, John Steed’s Flat, ainsi que The Avengers Forever de David K Smith ont été très largement consultés pour rédiger ce billet. Il est chaudement recommandé de s’y référer pour plus de précisions. La liste des modèles présentée n’est pas garantie exacte, mais elle donne une idée du nombre de véhicules utilisés et témoigne de l’hésitation des producteurs à attribuer tel ou tel style à Steed.
Mais c’est dans le mythique épisode Don’t Look Behind You, où Cathy Gale est enfermée dans un manoir, que les auteurs de Chapeau Melon affirment le goût de Steed pour les voitures vintage avec cette très belle et longue séquence des deux agents filant à travers la campagne à bord d’une Lagonda 2 Litre Low Chassis. Comble du romantisme, Steed s’arrêtera en chemin pour cueillir des fleurs pour Cathy. Intrigués, des passants salueront le passage de la voiture.
L’élégance rétro au service de Steed
Mais les voitures vont véritablement être mises en lumière avec le passage au film noir et blanc. Le tournage des épisodes se délocalise désormais à l’extérieur en cas de besoin, et les voitures y seront filmées avec le plus grand soin. Pour le personnage de John Steed, elles deviennent un accessoire aussi important que son chapeau melon ou son parapluie. Toutefois, ce n’est pas une Bentley qui ouvre le bal, mais une Vauxhall 30-98 bleue de 1924 dans les épisodes Les Fossoyeurs et Le jeu s’arrête au 13.
Par la suite, pas moins de six modèles de Bentley vont se succéder sans que le téléspectateur ne puisse réellement voir de différences : elles seront toutes vertes et décapotées en toute saison. Il faut être assez observateur et connaisseur pour les distinguer. Toutefois, la simple lecture de la plaque d’immatriculation permet de les différencier à coup sûr ! Cette marque de voiture va apparaître dans pas moins de 33 épisodes avec Emma Peel principalement. Elle devient alors la voiture emblématique de Steed, au point d’en commercialiser des modèles réduits édités chez Corgi Toys. Le téléspectateur ne devait pas s’apercevoir que les voitures étaient différentes, mais il était nécessaire d’en avoir quelques-unes car la mécanique était capricieuse. À noter que Patrick Macnee n’aimait vraiment pas les conduire, comme il l’a confirmé à de nombreuses reprises. Fort heureusement, des doublures étaient là pour les plans larges.
John Steed conduira occasionnellement d’autres voitures au gré des épisodes, comme une Land Rover ou une AC 428. Pour ce dernier modèle, peut-être s’agissait-il de tenter autre chose avec l’arrivée de Linda Thorson, car la production avait été reprise par John Bryce avant que son travail ne soit déclaré inexploitable (épisodes Invitation to a Killing, Invasion of the Earthmen et The Great Great–Britain Crime dont les copies ont très certainement disparu).
L’arrivée d’une nouvelle partenaire, Tara King, a donc été pour la production l’occasion de revoir le véhicule de Steed. The Avengers a été vendu dans de nombreux pays dans le monde et doit son succès à son esprit typiquement britannique. Mais quelle marque automobile anglaise représente le mieux le luxe à travers le monde ? Rolls-Royce, bien sûr ! Patrick Macnee aura la lourde tâche de conduire une Rolls-Royce Silver Ghost 40/50 jaune de 1923 immatriculée KK4976 dans 19 épisodes et une Rolls-Royce New Phantom Tourer MK1 jaune de 1927 immatriculée UU3864 dans 4 épisodes.
Comme pour les Bentley, le téléspectateur ne doit pas voir la différence entre les différents modèles utilisés. Mais malgré le prestige mondial d’une telle marque, nous sommes probablement nombreux à regretter le vert anglais de la Bentley, même s’il apparaît dans quatre épisodes avec Linda Thorson (Ne m’oubliez pas, Trop d’indices, Double personnalité et Un dangereux marché).
Les bolides modernes dans l’univers de Steed
En 1976, Steed tranchera radicalement avec l’usage d’une Jaguar XJ-C12 unique réalisée spécialement pour les besoins de la série (NWK60P). D’autres voitures seront utilisées, telles que la Rover 3500 SD1 Automatic de 1976 immatriculée MOC229P (la marque a disparu dans les années 2000), ou encore une Range Rover de 1971 (TXC922J)… Cette fois, John Steed sera dans son époque avec des voitures typées années 70. En revanche, on notera une terrible faute de goût : dans l’épisode Bastion Pirate (certes tourné au Canada), Steed conduit pour la première fois une voiture non britannique — une japonaise de marque Toyota. Shocking !
The New Avengers ne pouvait pas rester figée dans une décennie révolue, la série s’ancrait un peu plus au monde réel (pas trop non plus!) et faisait la part belle à des scènes d’action plus spectaculaires dans un style évoquant Starsky et Hutch. Notez que dans Méfiez-vous des morts !, une bombe explose dans le garage de Steed, attenant à sa maison. Hélas, la Bentley est réduite en miettes, et l’on aperçoit son mythique radiateur gisant au sol. À noter que pour signifier le passé, la Bentley vintage (YT3942) refait surface dans l’épisode Le long sommeil (2ème partie : la danse de l’ours), preuve que le Steed des années 1965/67 était l’archétype absolu du personnage.
Quelle inconstance, surtout si l’on compare à un Simon Templar. La voiture associée à Steed évolue constamment, à l’instar de la production des Avengers qui passe de la vidéo au film, du noir et blanc à la couleur, d’un budget modeste à un budget beaucoup plus confortable, des années 60 aux années 70… Finalement, la seule chose qui restera immuable dans la série, c’est l’élégance de John Steed.
Inventaire
Saison 1962/1963
L’épisode Un traître à Zebra marque le début de l’usage des voitures « vintage » pour John Steed, même si l’on retient plus volontiers la longue séquence en Lagonda dans Ne vous retournez pas.
Saison 1963/1964
Saison 1965/1966
Bentley 3 Litre (1928)
* Dans cet épisode, la voiture porte l’immatriculation UW 4487
Nous laissons de côté ici la profusion de véhicules utilisés par les Avengers dans les scènes finales de chaque épisode.
Saison 1967
Bentley 3 litres, « Green Label », décapotable quatre places carrossée par Vanden Plas. (1925)
Bentley 6,5 litres (1930)
Saison 1968/1969
Rolls-Royce Silver Ghost 40/50 (1923)
Rolls-Royce New Phantom Tourer MK1 (1927)
Saisons 1976 & 1977
Rover 3500 SD1 automatique (1976)
Rover SD1 or, conduite à gauche
La plaque est française
Jaguar XJ12 Coupé 5,3 litres
Liens
Pour préparer ce billet, nous avons consulté de nombreux sites, qui ne s’accordent pas toujours sur l’identification des véhicules. Ainsi, Dave Rogers, par exemple, affirme avoir vu John Steed au volant d’une Bugatti immatriculée GK 3295 dans la saison 1962/1963, dans son livre The Complete Avengers. Sans doute une confusion avec la Lagonda, également immatriculée GK 3295 ? Pour plus de précisions, n’hésitez pas à vous référer aux différents travaux de recensement effectués par les sites cités ci-dessous.
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