L’histoire de la création de The Avengers est une aventure des plus spectaculaires. Tout y est hors norme. Ce qui est particulièrement remarquable dans cette aventure, c’est l’évolution rapide de sa production : d’une série régionale, elle devient nationale puis internationale ; de la vidéo, elle passe au film ; du noir et blanc à la couleur ; de l’artisanat au professionnalisme le plus exigeant.

Ce qui nous intéresse ici, c’est la préhistoire de la série. La préhistoire est définie comme la période comprise entre l’apparition du genre humain et celle de l’écriture. Le parallèle avec Chapeau melon et bottes de cuir s’impose, puisqu’il s’agit ici de la période comprise entre les débuts de la télévision et la conservation systématique des enregistrements.

Dans le cas de la saison 1961, les bandes vidéo et les bobines n’ont pas été conservées, à quelques exceptions près. Depuis, quelques épisodes considérés comme perdus ont toutefois été retrouvés — et d’autres pourraient encore réapparaître.

De l’échec de Police Surgeon à la naissance de The Avengers

Lorsqu’un programme de télévision est lancé, il faut généralement une très bonne raison pour l’arrêter : l’audience insuffisante constitue le facteur principal. C’est précisément ce qui va entraîner l’interruption de la fiction policière Police Surgeon, après seulement quelques épisodes. Cet arrêt va jouer un rôle déterminant dans la genèse de The Avengers, quelques semaines seulement après la diffusion du premier épisode, Easy Money, le samedi 10 septembre 1960 à 19h00 sur ABC Weekend Television.

Police Surgeon est produite par ABC Weekend TV et diffusée du 10 septembre au 3 décembre 1960. La série est initialement développée sous le titre Police Doctor, rapidement abandonné au profit de Police Surgeon. Composée de treize épisodes de trente minutes, elle met en vedette Ian Hendry dans le rôle du Dr Geoffrey Brent, médecin généraliste attaché au commissariat de Bayswater de la police métropolitaine de Londres.

« J’ai interprété à peu près tous les types de personnages possibles pour quelqu’un de mon âge, et Geoffrey Brent s’inscrit dans cette continuité. J’ai toujours évité d’être catalogué, et je considère Geoffrey comme un personnage entièrement nouveau. Après tout, tout l’intérêt du métier d’acteur est d’incarner des êtres humains. Il n’y a rien d’excitant à ressasser éternellement la même chose. »

Ian Hendry, TV Times, 9-15 octobre 1961

Dans le cas de Police Surgeon, l’audience intervient très tôt dans la décision de revoir entièrement la formule. Le système de télévision privée britannique de l’époque est alors unique au monde : la première chaîne privée repose sur l’attribution de licences à des opérateurs indépendants, chacun responsable d’une région et, selon les cas, d’une période de diffusion (semaine ou week-end). ABC Weekend Television dispose ainsi de deux licences pour le week-end, l’une dans les Midlands et l’autre dans le Nord.

Pour ces chaînes productrices de programmes, la diffusion sur d’autres réseaux est essentielle afin d’amortir les coûts. Police Surgeon est ainsi diffusée sur ATV à Londres, mais cette dernière l’abandonne au bout de six semaines seulement. D’autres chaînes régionales suivent progressivement le même mouvement, fragilisant encore davantage la série.

Un autre problème apparaît également en amont de la production. Le concept repose sur les enquêtes d’un médecin légiste travaillant en lien avec la police métropolitaine à Bayswater. Chaque épisode met en avant les conséquences humaines des affaires traitées par le Dr Brent, abordant des thèmes tels que l’abandon d’enfant, la mort d’un réfugié, le vol, le meurtre ou encore la confession d’un crime non commis par une jeune fille.

Le scénariste en chef, producteur des quatre premiers épisodes (avant de laisser sa place à Leonard White) et responsable éditorial des scripts, Julian Bond, conçoit la série en s’inspirant des expériences réelles d’un chirurgien de la police de Notting Hill, crédité sous le pseudonyme de J. J. Bernard. Des tensions apparaissent toutefois rapidement autour des droits d’auteur et de la rémunération. Le médecin estime ne pas être payé à la hauteur de son apport et menace d’engager des poursuites pour obtenir davantage de droits, notamment sur les scénarios.

Face à ces complications juridiques et structurelles, Sydney Newman, directeur des dramatiques de ABC, prend finalement la décision d’interrompre la production. Le producteur Leonard White, recruté quelques mois plus tôt par Sydney Newman, fut averti de cette décision, qui stoppa net la production alors que d’autres épisodes étaient en réflexion. Mais Sydney Newman avait une idée en tête : trouver quelque chose pour le séduisant Ian Hendry. Le défi était donc lancé.

John le Carré et Ian Fleming

Sydney Newman ne sait pas encore précisément quelle orientation donner au projet. Il va distiller des pistes à Leonard White, qui les mettra en forme. Il a en tête de parodier les romans de John le Carré et d’Ian Fleming… On connaît les passerelles qui existent entre les deux sagas, mais elles ne se sont donc pas le fruit du hasard.

Dans un article du TV Times daté du 10 mars 1961, Leonard White précise ses intentions concernant la série, alors déjà en production.

Leonard White, producteur de The Avengers, déclare : « L’accent sera mis sur des histoires énergiques et rythmées. » L’équipe de scénaristes, dirigée par Ray Rigby, Terence Feely, Brian Clemens et Richard Harris, a reçu pour consigne de situer les intrigues dans les lieux les plus originaux. White ajoute : « Les lieux des histoires seront familiers aux téléspectateurs, mais pas tels qu’ils les ont déjà vus à la télévision. Nous faisons tout pour éviter les clichés. »

Crime MD, Tim Aspinall, Angleterre, TV Times daté du 10 mars 1961

Il semble alors assez évident que si les films de James Bond ont scruté The Avengers, les romans de Ian Fleming ont constitué, dès l’origine, une source d’inspiration pour la série. Tout au long de son existence, un véritable dialogue s’établira entre les deux sagas, chacune semblant observer et parfois répondre à l’autre.

Honor Blackman puis Diana Rigg rejoindront l’univers de James Bond grâce à la notoriété acquise dans The Avengers. De son côté, la série n’hésitera pas à jouer avec les codes de 007 en parodiant Goldfinger dans l’épisode La Cage dorée, avec Honor Blackman, peu avant son départ pour la Floride afin de tourner le film. The Avengers offrira ainsi à ses téléspectateurs un ersatz de Goldfinger avant l’heure, quelques mois avant que le film ne soit lui-même tourné.

Howard Thomas, le directeur général d’Associated British Corporation (ABC) veut quelque chose de beaucoup plus léger et de plus sophistiqué. Sydney Newman propose alors le projet d’une série d’une heure avec le docteur Geoffrey Brent (Ian Hendry), à qui il propose d’associer, à la probité du praticien, un agent du MI5 bien plus ambigu : un personnage amoral, élégant et très intelligent, qui ne s’abaisserait pas à se battre à mains nues, préférant un pistolet à silencieux ou une canne-épée. Ce duo improbable devait assurer des scènes savoureuses.

Mais le temps presse : il n’y aura que huit ou neuf semaines pour monter The Avengers dans un maelström d’idées venues de toutes parts. Outre Leonard White, le chef d’orchestre, on retrouve des réalisateurs comme Don Leaver (Police Surgeon) et Peter Hammond, le superviseur de scénarios John Bryce (futur producteur de The Avengers suite au départ de White durant la deuxième saison et producteur éphémère de la saison Tara King), ainsi que le décorateur Alpho O’Reilly, qui avait travaillé sur Police Surgeon. Tout reste à créer, et le flou du départ encourage toutes les idées…

Dans cette note interne d’Associated British Corporation (ABC) datée du 21 novembre 1960 et rédigée par Leonard White, on peut lire :

« Afin de vous tenir informés de l’évolution de la série mentionnée ci-dessus (The Avengers), je vous confirme que Ian Hendry est désormais sous contrat. Un nouveau nom est actuellement recherché pour son personnage ; je vous le communiquerai dès qu’il sera arrêté. The Avengers n’aura désormais absolument plus aucun lien avec Police Surgeon. Le personnage interprété par Hendry sera toutefois médecin (généraliste). »

Source : Two Against the Underworld: The Collected Unauthorised Guide to The Avengers Series 1, par Alan Hayes, Richard McGinlay et Alys Hayes, Hidden Tiger, 2014.

Le recrutement de Patrick Macnee, tout comme la création de The Avengers, sera finalement une affaire en grande partie canadienne. Sydney Newman étant canadien, Leonard White ayant été formé au Canada, et Patrick Macnee ayant lui-même tenté sa chance dans ce pays, le projet s’inscrit ainsi dans un réseau de trajectoires et d’expériences communes…

Finalement, le téléphone sonna. L’appel venait de Leonard White, producteur issu de mon expérience canadienne. Il m’invita au théâtre et au dîner, invitation que j’acceptai avec une gaieté contrainte, davantage par nécessité que par enthousiasme, dans l’espoir d’une proposition de travail. Le 9 septembre (NDLR : novembre ?1) 1960, Leonard, moi-même et deux très chers amis canadiens assistâmes à la version scénique de Passage to India. Nous rejoignîmes ensuite un autre théâtre pour le deuxième acte de A Man for All Seasons, en convenant de voir le premier acte le lendemain soir. Au cours du dîner, Leonard évoqua une série en développement, Police Surgeon. Le programme n’avait pas rencontré son public, mais la présence d’Ian Hendry y suscitait un attachement marqué. Les responsables de la chaîne avaient alors décidé d’en modifier profondément la structure. Cette réorientation devait conduire à une double transformation : d’une part, un changement de titre — Police Surgeon devenant The Avengers —, d’autre part, l’introduction d’un partenaire pour le personnage principal. « Le partenaire s’appelle Steed. John Steed », précisa Leonard. « Cela t’intéresserait-il ? » Je répondis que je travaillais désormais exclusivement comme producteur. Leonard me demanda ce que j’avais fait depuis la série Churchill ; je fus contraint de reconnaître que je n’avais rien entrepris depuis lors. Il me dit que la décision m’appartenait, tout en me conseillant néanmoins d’envisager cette proposition. Le contexte, et notamment l’approche de Noël, rendait cette réflexion difficile à écarter.

Blind in One Ear, Patrick Macnee, autobiographie, Virgin Books, 1988

Patrick Macnee accepte finalement de rencontrer celui qu’il surnomme, non sans humour, « l’Homme à La Havane ». Dans ses mémoires, il décrit Sydney Newman comme un personnage aussi charismatique qu’intimidant, portant des lunettes dont les verres « ressemblaient à d’immenses réflecteurs », un accessoire qui, selon lui, constituait un redoutable atout dans les négociations. L’entretien est direct.

— « Bon. Alors, tu veux jouer John Steed ? »

— « Qui est-ce ? », demande Macnee.

— « Le partenaire du héros. »

Macnee accepte le principe, puis vient la question de sa rémunération.

— « Quel est ton prix ? »

— « Cent cinquante livres. »

— « Marché conclu. »

Le malentendu n’apparaît qu’après coup : Macnee parlait d’un salaire hebdomadaire, tandis que Newman avait compris cent cinquante livres par épisode, soit pour deux semaines de tournage. La discussion s’envenime. Endetté, l’acteur refuse de céder. Alors que la négociation semble compromise, il désamorce la tension par une plaisanterie faisant allusion à une anecdote célèbre où le réalisateur Ted Kotcheff aurait suspendu Sydney Newman par la fenêtre d’un gratte-ciel montréalais. Newman l’inonde d’injures, le traite d’escroc… puis accepte ses conditions. L’affaire est conclue.

Il semble que le recrutement de Patrick Macnee ait été annoncé dans cette même note interne, datée du 21 novembre 1960. Les réalisateurs y étaient invités à rencontrer cet acteur alors encore quasiment inconnu du public britannique, en compagnie du superviseur des scénarios, John Bryce, afin de définir les contours d’un nouveau personnage : un homme mystérieux appelé à épauler le docteur David Keel.

Le 1er décembre 1960, la revue The Stage annonce l’arrivée de la nouvelle série The Avengers :

Police Surgeon s’est achevée samedi dernier. La série a valu à Ian Hendry une grande popularité, et son nouveau rôle le maintiendra dans l’univers médical. Il y incarne un jeune médecin dont une tragédie personnelle — l’assassinat de sa fiancée — lui révèle la face cachée du monde criminel. Profondément bouleversé, il décide de mettre ses connaissances médicales au service de la lutte contre le crime. L’accent est mis sur des récits d’action énergiques et menés à un rythme soutenu, dont l’intrigue se déroule dans des décors très variés. Aux côtés de Ian Hendry figure Patrick Macnee, âgé de trente-huit ans, qui interprète un agent infiltré venant contrebalancer la croisade idéaliste du jeune médecin. Patrick Macnee a fait son retour à la télévision britannique en mai dernier dans The Innocent, aux côtés de Diana Dors. Depuis quelques mois, il est producteur et narrateur de la série documentaire consacrée à Winston Churchill, réalisée en Grande-Bretagne pour ABC-TV aux États-Unis. La série, intitulée The Avengers, ne manquera pas de glamour, mais son seul rôle féminin régulier est confié à Ingrid Hafner, une Londonienne de vingt-trois ans d’origine viennoise, qui avait déjà tenu le rôle de l’infirmière de Ian Hendry dans plusieurs épisodes de Police Surgeon.

Les personnages

Délivré de ses liens avec Police Surgeon, le docteur Keel — initialement nommé Dr David Dent — va subir, dès le premier épisode, un événement traumatisant qui constitue le premier acte le propulsant dans la lutte contre le crime. En décembre 1960, Ian Hendry déclare :

Keel est un personnage des plus intéressants, il associe exactement ce qu’il faut de dureté et de compassion. Keel sera une sorte de prolongement du médecin légiste de la police, car il sera davantage engagé dans la lutte contre le crime. Et comme il se retrouvera lui-même aux prises avec les malfaiteurs, il y aura davantage d’action. Honnêtement, j’ai hésité avant d’accepter de repartir sur une autre série en jouant un médecin, mais comme je sais que les scénarios insistent sur l’authenticité, je pense que cela me fera beaucoup de bien. Et je sais aussi que ce sera très amusant.

Ian Hendry, source : TV Times, 10 mars 1961

C’est avant tout un amateur, mais un amateur qui trouve sa place dans ce nouveau rôle grâce à sa grande probité, son humanité et son courage. Il aime les enfants, aurait pu être un joueur de rugby enthousiaste et il est diplômé d’une université. Il est naturellement très séduisant, mais demeure un homme sérieux, profondément marqué par la douleur de la perte brutale de sa fiancée.

John Steed, quant à lui, est le professionnel. Est-il du bon ou du mauvais côté ? Son allure ne fait pas sensation, bien au contraire. Patrick Macnee est interrogé sur son personnage, qu’il décrit ainsi :

John Steed est un loup avec les femmes et il se délecte des situations dangereuses. Il ne cherche pas tant à sauver les voyous qu’à s’en débarrasser. De la même manière, il ne suit pas les règles du jeu à la lettre, et bien qu’il travaille indirectement avec la police, il n’est pas très apprécié d’elle.

Patrick Macnee, source : TV Times, 10 mars 1961

Patrick Macnee se voit offrir le premier roman de Ian Fleming, Casino Royale, afin de s’en inspirer. L’acteur refuse cependant l’idée de jouer un personnage consommant les femmes comme on consomme de l’alcool. Il préfère en revanche retenir une certaine élégance de façade. Macnee se dit relativement satisfait du résultat, mais Sydney Newman, directeur des dramatiques d’ABC, juge John Steed beaucoup trop fade et le fait savoir après deux ou trois épisodes. C’est alors que Patrick Macnee, à la fois vexé et en colère, rentre chez lui et réfléchit. Un tournant décisif pour la série est en train de se jouer.

De cette réflexion naît une idée issue de trois principales sources d’inspiration.

La première vient de son père, Daniel Macnee. Il dira plus tard : « C’était un véritable dandy. Il s’appuyait sur la barrière du paddock, toujours avec un magnifique œillet à la boutonnière. Il portait une cravate ornée d’une perle parfaite, et un superbe gilet brodé… » Il ajoute avoir également puisé dans Le Mouron rouge (The Scarlet Pimpernel2), notamment la figure du baronnet Percy Blakeney, héros britannique dissimulant son intelligence sous les traits d’un dandy insouciant. Steed devait être cette figure d’ombre qui sauve les autres, sans jamais être pris au sérieux, précisément à cause de son élégance excessive.

La deuxième inspiration vient du film Q Planes, et plus particulièrement du personnage interprété par Ralph Richardson. Son major Hammond, chef des services de renseignement britanniques enquêtant sur la disparition d’avions expérimentaux, dissimule une intelligence redoutable derrière une façade volontairement burlesque, armé de son chapeau et de son parapluie.

Enfin, la troisième source d’inspiration provient de son propre officier commandant dans la Royal Navy, autre figure d’autorité élégante et raffinée, dandy dans l’esprit mais profondément courageuse.

Fort de ces influences, Patrick Macnee revient sur le plateau avec un superbe costume trois-pièces, un melon et un parapluie. Ian Hendry fut stupéfait, mais pas convaincu. Sydney Newman fit alors son entrée dans le studio. Le producteur s’immobilisa net en le voyant, et Macnee, persuadé d’avoir commis une faute de goût qui mériterait un renvoi immédiat, choisit de réagir avec panache : il inclina gracieusement la tête et souleva son melon en guise de salut. Sydney Newman le fixa un instant, marqua une pause, puis déclara simplement : « Eh bien, au moins, ça a sacrément de la gueule. »

Parmi les indications définies par White, on retrouve deux curiosités : il emploie un domestique et possède une Rolls-Royce. À notre connaissance, il n’y a pourtant pas trace d’un domestique3 ni d’une Rolls-Royce à l’écran. D’ailleurs, rien n’indique s’il s’agit d’un modèle ancien ou contemporain, même s’il est probable, dans le contexte, qu’il ne s’agisse pas d’un véhicule vintage. La Rolls-Royce constitue en elle-même une excentricité typiquement britannique.

Cette dualité amateur/professionnel se retrouve chez le docteur King, Cathy Gale (anthopologue), Venus Smith (artiste), et jusqu’à la période Emma Peel (?). Souvenez-vous : « Extraordinary crimes against the people and the state have to be avenged by agents extraordinary. Two such people are John Steed, top professional, and his partner, Emma Peel, talented amateur. Otherwise known as The Avengers. » Ce principe sera abandonné avec Tara King. Grave erreur !

Le 21 avril 1961, TV Times publie une déclaration de Patrick Macnee dans laquelle l’acteur insiste sur l’un des ingrédients essentiels de The Avengers, appelé à ne jamais quitter la série : l’humour — et, pourrait-on ajouter, un humour typiquement britannique. L’acteur évoque également le rythme de tournage particulièrement éprouvant.

L’ancien Etonien Patrick Macnee s’est laissé tomber dans un fauteuil de son appartement londonien et a déclaré : « Honnêtement, j’ai hâte de retourner au bord de la mer. J’ai une petite maison solitaire, juste sur la plage de Malibu, en Californie. Il n’y a que des mouettes et des pluviers. J’y retournerai bientôt. Je n’ai aucun travail prévu aux États-Unis, mais qui s’en soucie ? » Macnee, âgé de 38 ans, semble fait sur mesure pour le rôle de John Steed, agent infiltré dur et élégant dans la série d’ABC The Avengers, diffusée un samedi sur deux à 22 heures. « J’ai toujours été agité, dit-il. J’aime être en mouvement, voyager, rencontrer de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. C’est plus important que l’argent. Mais j’apprécie cette série parce que ses créateurs n’ont pas peur d’y introduire de l’humour. »

Patrick Macnee dans le TV Times du 21 avril 1961, The Restless Avenger , WO Court, Angleterre

Dans le numéro 296 de TV Times, daté du 30 juin 1961), Charles Bayne propose un portrait de Patrick Macnee intitulé Qui suis-je… ? Les questions de Patrick Macnee, centré sur la relation de plus en plus confuse entre l’acteur et son personnage, John Steed.

« Suis-je vraiment comme John Steed de The Avengers ? Très anglais, maître de la litote, raffiné, éduqué, riche ? » demande-t-il. « Parfois, je me demande qui est qui : Patrick Macnee ou John Steed — qui suis-je ? Peut-être que Patrick n’est pas tout ce que John est, mais nous nous ressemblons à bien des égards. Dans la vie réelle, je suis un aventurier. Je m’imagine volontiers comme une sorte de Vengeur masqué, un nouveau Scarlet Pimpernel. Disons que Steed est une version légèrement exagérée de moi-même. »

TV Times, daté du 30 juin 196, Charles Bayne propose un portrait de Patrick Macnee intitulé Qui suis-je… ?

L’acteur avait gardé en tête ce que lui avait dit le réalisateur Michael Powell (1905-1990), réalisateur notamment du film Le Voyeur (Peeping Tom, 1960), qui inspirera en partie Caméra meurtre : « Tu es un homme du XVIIIᵉ siècle. » Patrick Macnee aura donc, sans le savoir, eu la liberté de créer lui-même son personnage, car personne n’avait eu le temps de le définir avant lui. Cette liberté est d’autant plus grande que, contrairement à d’autres séries ou franchises du moment comme Le Saint de Leslie Charteris ou James Bond de Ian Fleming, aucun auteur ne pouvait contester ses choix, puisqu’il n’y en avait pas de figure littéraire fondatrice. À partir de la saison suivante, il deviendra la vedette n°1 du programme.

Leonard White, après environ six semaines de tâtonnements, va redéfinir très précisément les personnages dans une note datée du 6 février 1961, qui fixe presque définitivement le caractère de John Steed. Cette même note évoque également deux personnages récurrents : Carol Wilson et One-Ten, auquel il faut ajouter le Dr R. J. Tredding, le collègue de Keel, qui n’apparaît visiblement que dans les deux premiers épisodes. On ne sait que très peu de choses à son sujet. Il est essentiellement là pour servir de prétexte à l’intrigue de Hot Snow.

Carol Wilson : infirmière et secrétaire médicale du docteur Keel, elle rappelle constamment que celui-ci mène une double existence. Elle ignore tout de ses activités clandestines, même si elle peut parfois nourrir certains soupçons. Très attachée au docteur, dont elle admire profondément la personnalité, elle reste strictement dans les limites de leur relation professionnelle, tout en veillant sur lui avec une sollicitude discrète et presque maternelle. Jeune femme séduisante, efficace et dotée d’un solide bon sens, elle n’appartient pas à l’équipe clandestine, mais peut, de manière naturelle et crédible, apporter ponctuellement son aide à Keel ou à Steed lorsque la situation le permet. Carol Wilson apportera également sa contribution à la série en signant deux épisodes : Girl on the Trapeze et Ashes of Roses.

One-Ten : il constitue le seul lien apparent avec les autorités officielles. L’organisation qu’il représente demeure volontairement mystérieuse. Il confie les missions aux agents sous couverture tout en privilégiant un contact direct et personnel avec eux. Il sait que Keel participe aux opérations, mais ne le considère que comme un auxiliaire de Steed, précieux mais non professionnel du renseignement. Homme d’une grande intelligence, que l’on pourrait imaginer ancien professeur à Oxford, il est généralement contacté par téléphone, souvent depuis des lieux insolites et inattendus. Comme dans les saisons suivantes, d’autres supérieurs hiérarchiques, désignés par des noms de code, feront leur apparition : « 5 » (Heron Carvic) dans Square Root of Evil, mais aussi One-Fifteen (Eric Dodson) dans Dragonsfield.

Un titre

Personne ne peut véritablement se vanter d’avoir créé The Avengers. Sydney Newman est souvent cité comme son inventeur, mais, dans les faits, c’est Leonard White qui a donné une forme précise aux grandes lignes proposées par le directeur des programmes dramatiques d’ABC.

Leonard White n’avait pas le caractère de quelqu’un qui cherche à tirer la couverture à lui, bien au contraire. Honor Blackman rappellera d’ailleurs haut et fort, dans le livre de Didier Liardet Chapeau melon et bottes de cuir au royaume de l’imaginaire, que le producteur est le véritable initiateur de la série, et il faut insister sur ce point. Pourtant, White lui-même mettra toujours en avant le caractère collectif de l’entreprise, évoquant une équipe déterminée à produire le meilleur programme possible :

Nous étions une équipe formidable à Teddington… à cette époque. Toutes les portes du plateau dramatique étaient ouvertes, pour ainsi dire. Tout le monde participait, donnait son avis, apportait sa contribution… toujours dans le même esprit. On pouvait traverser le plateau et sentir que, concrètement, chacun travaillait vers un même objectif : produire de bons programmes… L’évolution de The Avengers était le résultat de groupes de personnes discutant ensemble.

Leonard White, entretien en 2009, source : Two Against the Underworld

Le premier épisode fut suggéré par le superviseur des scénarios Patrick Brawn. C’est à partir de Hot Snow qu’est déterminé le titre The Avengers, qui déplaisait à Sydney Newman, lequel finit néanmoins par l’accepter parmi d’autres propositions aujourd’hui oubliées.

Ray Rigby et Brian Clemens furent chargés d’écrire les deux premiers épisodes : Hot Snow et Brought to Book, même si Clemens se vantera par la suite d’avoir presque tout réécrit. Une affirmation qui manque peut-être d’élégance, d’autant que son rôle déterminant dans le succès international de The Avengers n’avait nul besoin d’être ainsi exagéré.

Le titre The Avengers a fini par s’imposer auprès de Leonard White. Sydney Newman se montra d’abord réticent à cette idée, estimant que le concept de « vengeance » véhiculait une connotation finalement malsaine.

Brian Clemens évoquera d’ailleurs cette question dans un entretien :

Pour être tout à fait juste, la seule chose que Sydney Newman ait réellement apportée, c’est le titre, The Avengers. Il m’a dit : « Je n’ai aucune idée de ce que cela signifie, mais c’est un bon titre ; maintenant, allez écrire quelque chose qui lui corresponde. » J’ai écrit le pilote de la série, Hot Snow, avec Ian Hendry, qui venait tout juste de la série Police Surgeon. C’était une série épouvantable, mais ABC appréciait Ian Hendry dans son rôle de jeune médecin. Nous sommes donc partis avec un titre et un jeune docteur, le docteur Keel, interprété par Ian Hendry, récupéré de cette série. Puis Newman a ajouté : « Il nous faut un agent de la CIA, ou un inspecteur de Scotland Yard, ou quelque chose dans ce genre. Nous l’appellerons Steed. » Et, à vrai dire, c’est tout ce que Sydney Newman m’a fourni lorsqu’il m’a lancé : « Allez écrire le pilote de The Avengers. » Voilà le cahier des charges, si l’on peut dire.

Brian Clemens, Collected Interviews: Voices from Twentieth-Century Cinema de Wheeler Winston Dixon, 2001

Le rôle de Brian Clemens dans la création de The Avengers est finalement dérisoire, malgré ce qu’il a parfois laissé entendre. Si Sydney Newman a bien été à l’origine du projet en impulsant sa création, c’est Leonard White qui, dans l’ombre et avec une grande modestie, en fut le véritable artisan. Producteur des premières saisons, il fut le chef d’orchestre de cette aventure qui débuta dans les studios de Teddington à la fin de l’année 1960.

Camaraderie

Visiblement, une atmosphère singulière régnait sur le tournage de The Avengers. Conçue et produite dans un temps record, la série naît de l’enthousiasme d’une équipe qui ne savait pas encore exactement quelle direction lui donner. Dans l’album souvenir publié par TV Times en 1976 et consacré à The New Avengers, Ian Hendry revient sur les débuts devenus mythiques de la série.

Ces premiers jours étaient tous hystériques, fous et absurdes. Nous adorions ça, vraiment. Surtout, nous aimions la camaraderie et l’ambiance. J’ai toujours eu une théorie tout au long de ma carrière d’acteur selon laquelle la première considération pour un acteur est de faire partie d’une compagnie heureuse. Nous répétions dans un vieux bâtiment en face d’un pub à Hammersmith. Après que les acteurs aient reçu leur copie du script, je les emmenais au pub, jouant les hôtes, leur disant de ne pas s’inquiéter car ils étaient toujours sur la liste de paie — et nous nous mettions au travail. Ensuite, Pat et moi, et parfois quelques autres, allions dans une steakhouse à proximité. Après cela, c’était généralement Pat et moi qui attrapions une bouteille de scotch ou de brandy et allions dans un appartement près de Kensington High Street pour peaufiner notre approche des personnages de The Avengers. N’oubliez pas, tout cela se passait en direct, exactement comme vous le verriez depuis votre siège dans un théâtre. Mais je pense que nous avons réussi, dans ces premiers jours, à développer un nouveau style. Je devais être flegmatique, et quand je devenais trop ennuyeux, Steed était là pour me dire de ne pas être si sérieux. Et quand Steed devenait trop extravagant, j’étais là pour dire : « Oh allez, n’en fais pas trop ». The New Avengers a coûté 4 000 000 £ à produire. Au début, Pat et moi avions l’impression que The Avengers avait coûté quatre pence.

Ian Hendry, album souvenir TV Times, 1976

Patrick Macnee revient en détail sur sa relation avec Ian Hendry dans son autobiographie.

Lorsque nous avons commencé à travailler, Ian Hendry et moi nous sommes observés avec une certaine méfiance. Le physique, l’énergie, la jeunesse et la virilité d’Ian en avaient déjà fait l’un des acteurs les plus populaires d’Angleterre, en particulier dans ce genre que l’on appelait le « kitchen sink drama4 ». J’ai rencontré quelques difficultés initiales pour établir une relation de travail solide avec Ian, et la série fut dès le départ confrontée à toutes sortes de problèmes. Ian me considérait comme un « aristocrate », et ce n’est que lorsque nous avons découvert notre passion commune pour le whisky écossais que la glace s’est rompue. À partir de là, nous sommes devenus de véritables amis. J’ai rencontré quelques difficultés initiales pour établir une relation de travail solide avec Ian, et la série fut dès le départ confrontée à toutes sortes de problèmes. Ian me considérait comme un « aristocrate », et ce n’est que lorsque nous avons découvert notre passion commune pour le whisky écossais que la glace s’est rompue. À partir de là, nous sommes devenus de véritables amis. Parmi les nombreux talents d’Ian figurait aussi une aptitude à l’écriture. Les suggestions des acteurs concernant des modifications de scénarios peuvent parfois être accueillies avec bienveillance, mais il est compréhensible que l’auteur soit troublé lorsqu’un acteur non seulement réécrit un script, mais lui explique en plus que l’original aurait pu être concocté par un singe de Barbarie en se grattant les fesses.

Patrick Macnee, Blind in One Ear, 1989

De son côté, Ingrid Hafner, qui interprète Carol Wilson, témoigne de cette ambiance chaleureuse dans un entretien accordé au TV Times du 1er décembre 1961. Sous le titre « Les Avengers ? Ce sont les hommes les plus gentils que je connaisse », elle dresse un portrait affectueux de ses deux partenaires, Ian Hendry et Patrick Macnee :

Oui, j’aime les hommes. Après tout, ils sont indispensables. Et, dans l’ensemble, je suppose que je suis assez tolérante envers leurs travers. Il le faut bien, avec ces deux-là ! Prenons d’abord Ian. Il est intelligent, travailleur et se laisse facilement affecter lorsque les choses tournent mal. Mais en apparence, c’est un véritable clown, rien à voir avec Keel. Il adore les farces, ce qui n’a rien d’étonnant. Il a débuté dans le monde du spectacle au cirque, comme secrétaire particulier et faire-valoir de Coco le clown. Je ne crois pas qu’il ait jamais oublié le conseil que Coco lui avait donné : devenir clown. Un jour, le travail avait été interrompu pour une raison ou une autre. Le décor représentait un vieux magasin de meubles, encombré d’énormes pièces de mobilier ancien. Soudain, un vacarme épouvantable éclata parmi les accessoires. Et voilà Ian qui surgissait en traversant un immense cadre de tableau, coiffé d’un ridicule casque de pompier victorien et affublé d’une fausse moustache ! Une autre fois, nous tournions dans un salon de coiffure. Il se promenait à petits pas, vêtu d’une vieille blouse sale, brandissant une paire de ciseaux et un peigne. Les farceurs — surtout les hommes — peuvent parfois être fatigants. Mais avec Ian, on est obligé d’en rire. C’est une âme inoffensive, Dieu le bénisse. Pat est plus mûr qu’Ian à bien des égards. Contrairement à Steed, il possède une personnalité calme. Il est maître de lui, modeste et d’un naturel facile. Il adopte volontiers une attitude de père à l’égard de son partenaire. Au beau milieu de l’une des pitreries d’Ian, il lui lance : « Allons, Hendry, ça suffit pour aujourd’hui ! Prends ton texte comme un gentil garçon et remettons-nous au travail. Moi, je commence à avoir faim ! Contrairement à leurs personnages, Pat et Ian ne passent pas leur temps à se chamailler. Heureusement ! Je ne le supporterais pas. Pat est un peu rêveur. Je pense qu’il vous le dirait lui-même. Au fond, il aimerait secrètement être quelqu’un comme Steed. Pendant les répétitions, lorsqu’il n’est pas plongé dans son texte ou absorbé dans une conversation incroyablement sérieuse avec le réalisateur, on le trouve installé dans un coin tranquille à dévorer des piles de magazines. Lorsqu’on travaille tous les jours avec les mêmes personnes, on finit par très bien les connaître, n’est-ce pas ? Mes deux partenaires ne sont pas exempts de défauts. Mais, pour être honnête, ce sont deux des hommes les plus adorables que je connaisse. »

Ingrid Hafner, entretien accordé au TV Times du 1er décembre 1961

Malheureusement, au moment où elle accorde cet entretien, Ingrid Hafner ignore qu’elle ne reviendra jamais dans The Avengers.

Début de production

Le 20 décembre 1960, une équipe de tournage se rend à Chelsea, devant la bijouterie Vinsons, afin d’y filmer les toutes premières images de la série. Il s’agit de la dernière scène de l’acte I, au cours de laquelle Peggy est froidement assassinée dans les bras de son fiancé, le docteur David Keel.

Le titre même de la série, The Avengers (« Les Vengeurs »), trouve précisément son origine dans ce meurtre : le docteur Keel et un mystérieux agent nommé John Steed vont unir leurs forces pour venger la mort aussi brutale qu’injuste de Peggy.

Cette séquence est tournée en 16 mm, comme toutes les scènes en extérieur de l’époque, puisqu’il est alors impossible de déplacer les lourdes caméras vidéo Marconi hors des studios.

Sont ensuite filmées — probablement le même jour — la scène d’ouverture le long de Upper Cheyne Row avant avant de tourner dans Glebe Place, dans le quartier de Chelsea à Londres. On y voit l’acteur Godfrey Quigley, dans le rôle de Spicer, marcher sur le trottoir avant d’escalader une palissade pour pénétrer dans le cabinet médical des docteurs R. J. Tredding et David Keel. Il devient ainsi le tout premier personnage à apparaître à l’écran dans The Avengers.

Pendant ce temps, les répétitions se déroulent au studio n° 2 de Teddington. Les 29 et 30 décembre, les acteurs poursuivent les répétitions et l’enregistrement en studio, en vue de la diffusion de l’épisode sur ABC Weekend Television le 7 janvier 1961 à 22 heures.

Planning — Jeudi 29 décembre 1960

Répétition caméra10 h 00 – 12 h 30
Pause déjeuner12 h 30 – 13 h 30
Répétition caméra13 h 30 – 18 h 00
Pause dîner18 h 00 – 19 h 00
Répétition caméra19 h 00 – 21 h 00

Vendredi 30 décembre 1960

Répétition caméra10 h 00 – 12 h 30
Pause déjeuner12 h 30 – 13 h 30
Répétition caméra13 h 30 – 15 h 15
Pause thé, mise en place, balayage standard, maquillage15 h 15 – 16 h 00
Répétition générale16 h 00 – 17 h 30
Mise en place17 h 30 – 18 h 00
Enregistrement sur bande vidéo AMPEX518 h 00 – 19 h 00


Le pub The Anglers, situé à proximité des studios, était la « cantine » des techniciens et des acteurs. L’établissement existe toujours, mais les studios ont été détruits il y a quelques années.

À propos de Hot Snow, Patrick Macnee a raconté son incompréhension face au titre lorsqu’il étudiait le scénario. Il s’interrogeait : si la neige est chaude, elle fond ; ne serait-il donc pas plus logique d’appeler l’épisode Hot Water ? Finalement, c’est Ian Hendry qui, devant tout le monde, posa la main sur l’épaule de son partenaire et humilia gentiment le futur John Steed en déclarant à haute voix : « Snow, c’est de la coke, espèce d’idiot. »

Ce premier épisode coûte 1 900 £ à produire6.

Lors de la première journée de tournage, de nombreux imprévus — comme l’absence d’accessoires pourtant dûment mentionnés dans les documents de production — viennent perturber les répétitions. Dans ce contexte, la course contre la montre devient rapidement la norme. C’est pour cette raison que sept épisodes seront finalement tournés en direct, avant que cette méthode ne soit abandonnée en raison des trous de mémoire d’acteurs encore peu expérimentés.

Dès le deuxième épisode, le réalisateur Peter Hammond impose progressivement sa vision. Le décorateur Bob Fuest se souvient :

Peter nous a dit : “Oubliez les décors réalistes. Faisons quelque chose de complètement fou. Conservons l’intrigue, mais rendons-la plus abstraite, plus audacieuse. Je vais la filmer comme personne ne l’a jamais fait. Nous installerons tout sur des estrades. Nous filmerons à travers des ouvertures, des trous dans les décors…” Bref, toutes ces trouvailles qui allaient devenir sa marque de fabrique. Il n’a fallu que deux ou trois épisodes pour que Peter impose pleinement sa vision. Leonard White, Dieu le bénisse, ne comprenait pas toujours très bien ce qui était en train de se passer. Mais soudain, cette série qui n’était au départ qu’un programme policier assez banal prit véritablement son envol. Peter Hammond vouait une véritable obsession aux contrastes de lumière, aux ombres, aux compositions visuelles… beaucoup plus qu’aux acteurs eux-mêmes. Il lui arrivait de tourner une scène capitale en plaçant une bouteille de vin au premier plan, tandis que le comédien principal se trouvait relégué tout au fond du décor. Franchement, cela lui était égal. Certains acteurs s’en offusquaient parfois, mais cela n’avait finalement que peu d’importance, car Peter possédait un sens visuel exceptionnel. D’une manière ou d’une autre, il finissait toujours par les entraîner dans son univers. Ils se laissaient séduire par la force de ses images.

Bob Fuest, source : Source : McGinlay, Richard ; Hayes, Alan ; Hayes, Alys : Two Against the Underworld: The Collected Unauthorised Guide to The Avengers Series 1, 2022

En un sens, The Avengers est le fruit d’un heureux concours de circonstances. Tout au long de sa production, une succession d’imprévus, d’intuitions et d’occasions saisies au vol va progressivement façonner l’identité de la série. Chaque difficulté devient une opportunité, chaque idée nouvelle enrichit un peu plus sa personnalité. Lorsque Julian Wintle, Albert Fennell et Brian Clemens prennent les commandes en 1965, ils n’ont pas à réinventer The Avengers. Les fondations sont déjà solidement établies. Leur immense mérite sera de sublimer cet héritage, d’en pousser les qualités jusqu’à leur plus haut degré d’expression et de transformer une excellente série britannique en une œuvre devenue mythique.

Générique

Qui dit générique dit musique ; qui dit série télévisée dit musique d’ambiance. L’identité de la série n’est pas encore très clairement définie. Tout évolue très vite dans cette période de foisonnement intense. Le 2 décembre 1960, moins d’un mois avant l’enregistrement du premier épisode, Johnny Dankworth (1927-2010), jazzman, clarinettiste, saxophoniste, est engagé par Leonard White pour composer et enregistrer la musique de la série. La musique sera réenregistrée fin mai par Johnny Dankworth, qui composera de nouveaux accompagnements afin de mieux s’adapter aux différentes ambiances des épisodes, dont le nombre passe finalement de 13 à 39.

Le générique d’ouverture est composé d’une succession de diapositives. Le procédé est rudimentaire : les images de Ian Hendry, Patrick Macnee (et Ingrid Hafner), prises au Marché de Berwick Street à Soho le 5 décembre 1960, sont détourées et collées ici, dans le cas de l’épisode Girl on the Trapeze, derrière un fond qui semble être de la peinture à l’eau. L’effet n’est, à mon sens, pas exactement des plus réussis. Assez cruellement, Ingrid Hafner, qui interprète le rôle de Carol Wilson — la première Avengers girl, si l’on peut dire — ne figure pas au générique d’ouverture. Il s’agit pourtant d’un personnage récurrent, qui participe régulièrement aux intrigues, comme on peut le voir dans Girl on the Trapeze.

Le premier générique de Hot Snow ne comportait pas ce fond, ce qui donnait un aspect bien plus propre. Petite curiosité : le visage de Ian Hendry apparaît presque fantomatique à l’écran, ce qui tranche avec le style contrasté de ce premier générique, dont on devine à l’image l’aspect gondolé dû au collage.

Ce générique utilise la police de caractères Bureau Grotesque One Three, qui permet aussi d’écrire les titres des épisodes. Cette police était courante dans les studios à l’époque : condensée, elle était également présente, par exemple, dans les premiers épisodes de Doctor Who. Ici, elle cohabite avec une autre police, la Clarendon, servant à écrire les noms des rôles et des fonctions techniques en fin de générique.

Ce style va perdurer durant deux saisons, et la troisième saison verra pour la première fois un générique animé.

Alors que la série débute sa production en format film en 1965, un générique est imaginé reprenant les codes de ces deux premiers génériques : les diapositives défilent les unes après les autres, laissant apparaître le visage de Patrick Macnee et de Diana Rigg fortement contrasté, un retour aux sources. Un choix de police de caractères condensée est alors utilisé (nous n’avons pas réussi à l’identifier). Cette police de caractères va apparaître d’ailleurs dans les titres des premiers épisodes produits : The Master Minds, Dial a Deadly Number, Death at Bargain Prices, Too Many Christmas Trees et The Cybernauts, avant d’être ensuite définitivement remplacée par la Compacta, qui sera utilisée jusqu’à The New Avengers en 1976–1977.

Descente de police sur le plateau

Le 13 avril 1961, le Daily Express publie un article intitulé : « Une jeune femme poignardée dans les studios de télévision, alors que des acteurs jouant des policiers répètent The Avengers. »

Janice Willett, réalisatrice de télévision âgée de 31 ans, a été poignardée hier dans son bureau des studios A.B.C. de Teddington. Elle a été transportée à l’hôpital de West Middlesex, à Isleworth. Par la suite, Dennis Vance, producteur de 37 ans, originaire de Liverpool, a été inculpé à Teddington pour avoir volontairement causé des blessures graves à Mlle Willett en lui portant un coup de couteau dans le dos. Il avait travaillé pour la BBC, ITV, ainsi qu’en indépendant. Sa dernière production pour A.B.C. était Flight for Treason, l’été dernier. Les studios, où travaillent quelque 350 personnes, s’apprêtaient à reprendre les activités de l’après-midi. Dans l’un des principaux plateaux, une répétition générale d’une émission intitulée The Avengers était en cours. Des acteurs interprétant des policiers se trouvaient sur le plateau. En effet, The Avengers raconte l’histoire d’une femme dont la vie est menacée et qui est placée sous la protection de la police. Soudain, une serveuse chargée du thé donna l’alerte. Elle parcourut le couloir en criant : « Quelqu’un a été blessé ! » Dans son bureau situé au premier étage, avec vue sur la Tamise, on découvrit Mlle Willett, grièvement blessée. Brune, vive et dynamique, Janice Willett réalisait l’émission religieuse Sunday Break. Elle avait notamment dirigé, deux semaines auparavant, la très controversée Passion du Christ pour adolescents, Christ in Jeans, diffusée à la télévision. Les blessures de Mlle Willett sont décrites comme étant « loin d’être bénignes ».

Source : Daily Express, 13 avril 1961, « Girl Stabbed in TV Studio – As ‘PC’ Actors Rehearse The Avengers ».

Le mercredi 12 avril 1961, un incident dramatique éclate aux studios ABC de Teddington, alors que l’équipe de Chapeau melon et bottes de cuir est en pleine répétition de l’épisode Dance with Death.

Ian Hendry et Patrick Macnee profitent d’une pause dans les répétitions pour se rendre à l’Angler’s Arms, un pub situé à proximité des studios. C’est alors que Dennis Vance (1924-1983), réalisateur de l’épisode Please Don’t Feed the Animals, fait irruption, armé d’un couteau à découper. Vance est une figure reconnue de la télévision britannique : après avoir réalisé Les Aventures du Mouron Rouge (The Adventures of the Scarlet Pimpernel), il devient le premier directeur des programmes dramatiques d’ABC Weekend Television. À ce titre, il crée la prestigieuse série d’anthologie Armchair Theatre, diffusée le dimanche soir, avant d’être remplacé à ce poste par Sydney Newman en 1958.

Manifestement très agité, il demande où se trouve Janice Willett, réalisatrice de télévision qui vient de mettre un terme à leur relation. Les deux acteurs croient d’abord à une mauvaise plaisanterie. Des années plus tard, Patrick Macnee relate la scène dans ses mémoires, The Avengers and Me :

On a ri de ça et il est sorti en trombe. Il ne l’a pas tuée, bien sûr, mais on a appris plus tard qu’il avait fait irruption dans son bureau et s’était mis à courir partout avec le couteau à découper, effrayant ses collègues à mort. Au même moment, la serveuse est arrivée, poussant son chariot rempli de tasses, de soucoupes et d’une énorme cafetière. Alors qu’elle se retournait pour entrer dans le bureau, Vance a aperçu sa petite amie derrière elle. Repoussant la serveuse surprise, il s’est précipité à travers la porte, a sorti le couteau et l’a égratignée à la joue. Elle n’a pas été gravement blessée, mais ils l’ont arrêté et il a passé quelque temps en prison pour agression. Je ne sais pas combien de temps il a fait sa peine, mais il était de retour au travail deux semaines plus tard.

Patrick Macnee, The Avengers and me avec Dave Rogers, Titan Books Ltd, 1997

Après s’être rendu à la police, Denis Vance est inculpé de coups et blessures volontaires ayant entraîné de graves lésions corporelles. Son procès s’ouvre le 27 avril 1961 devant la Cour pénale centrale d’Angleterre et du pays de Galles, plus connue sous le nom d’Old Bailey. Le réalisateur est condamné à une peine de douze mois, qu’il effectuera en tant que patient à l’hôpital psychiatrique St Luke’s de Londres.

À la suite de cette condamnation, il est licencié par ABC Weekend Television. Sa carrière ne s’arrête toutefois pas là : quelques années plus tard, il retrouve un poste de réalisateur à ATV, avant de poursuivre son activité au sein de Thames Television, héritière d’ABC Weekend Television.

Souvenirs de Teddington

Ian Hendry raconte, dans le supplément souvenir du TV Times de 1976, publié à l’occasion du retour de The Avengers à la télévision, les débuts de la série. Il évoque avec nostalgie le monde désormais disparu des studios de Teddington7 :

Pat est arrivé dans la série en tant que mon partenaire. Pendant longtemps, personne ne savait s’il était du côté des « bons » ou des « méchants ». Et, pour être tout à fait honnête, nous ne le savions pas non plus. Mais, dans ces débuts hésitants, c’est Pat et moi, en tant qu’acteurs, qui avons contribué à donner une forme à l’ensemble. Je parle ici, bien sûr, en tant qu’acteur. Et de ce point de vue, la série était à la fois drôle et frénétique. Imaginez. À cette époque, la télévision était en direct. Le téléspectateur pouvait voir une terrible bagarre… et vingt secondes plus tard, l’un des combattants (couvert de boue et de sang) devait réapparaître nonchalamment, impeccablement habillé. Cette deuxième scène était censée se dérouler des heures, des jours, voire des semaines plus tard. Je me souviens d’une séquence où je me battais contre un méchant dans un décor de studio censé représenter des égouts. Le combat se terminait par une chute arrière de huit pieds dans l’eau. Ils avaient construit un bassin de huit pieds de côté en bois blanc. Si vous avez déjà chuté de huit pieds dans un bassin de seulement huit pieds de large, vous savez que c’est légèrement dangereux. Quand j’ai touché l’eau, l’espace entre ma tête et les parois était d’environ un demi-centimètre. Ensuite est venu le problème suivant : une sorte de vase vert s’était formée au fond du bassin. Le méchant devait sauter sur moi dans l’eau, et nous étions censés continuer le combat jusqu’à ce que je porte le coup final. J’ai effectivement gagné ce combat : en frappant, j’ai glissé sur la vase et je l’ai assommé pour de vrai. Il n’y avait pas le temps de s’en occuper. J’ai dû sortir du bassin, courir à travers le studio jusqu’aux départements costumes et maquillage, où une serviette et un manteau sec m’attendaient, afin de pouvoir entrer tranquillement dans une pièce avec Steed à mes côtés. Cette scène était censée se dérouler plusieurs heures plus tard. En dessous, j’étais trempé, mais pour les téléspectateurs, j’étais parfaitement sec et impeccable dans mon manteau. Pendant ce temps, dans le bassin, un cascadeur inoffensif et malchanceux, essayant de gagner honnêtement sa vie en jouant les méchants à la télévision, se débattait encore dans l’eau. Heureusement, l’équipe du studio a réussi à le sortir à temps. Ces premières années étaient complètement hystériques, folles et absurdes. Mais nous les avons aimées. Nous aimions surtout la camaraderie et l’atmosphère. J’ai toujours pensé, tout au long de ma carrière d’acteur, que la première condition est de faire partie d’une troupe heureuse. Nous répétions dans un vieux bâtiment en face d’un pub à Hammersmith. Après avoir reçu les scripts, j’emmenais les acteurs au pub, jouais les hôtes, leur disais de ne pas s’inquiéter puisqu’ils étaient toujours payés — et nous nous mettions au travail. Ensuite, Pat et moi, parfois accompagnés de quelques autres, allions dans une steakhouse voisine. Après cela, c’était souvent Pat et moi qui allions chercher une bouteille de whisky ou de brandy dans un appartement près de Kensington High Street pour réfléchir à notre approche des personnages de The Avengers. Il y avait des moments merveilleux. Une fois, nous étions censés être enfermés dans une armoire d’où nous devions crier en chœur : « Laissez-nous sortir, laissez-nous sortir ». L’armoire, faite de contreplaqué extrêmement fragile, n’aurait pas résisté à l’assaut d’une fillette de quatre ans, encore moins à la force combinée de deux Avengers. Finalement, je crois que c’est une vieille dame qui nous a libérés. En réalité, si l’un de nous avait soufflé trop fort, toute l’armoire se serait effondrée. Et il y avait des portes qui ne s’ouvraient pas, des poignées qui tombaient dès qu’on les touchait, des décors qui s’écroulaient. N’oubliez pas que tout cela était diffusé en direct, comme au théâtre. Mais je pense que nous avons réussi, dans ces premières années, à créer un nouveau style. J’étais censé être flegmatique, et lorsque je devenais trop ennuyeux, Steed était là pour me taquiner et me dire de ne pas être aussi sérieux. Et lorsque Steed devenait trop extravagant, j’étais là pour lui dire : « Oh, allons, n’en fais pas trop ». Bien que j’aie été le premier Avenger, Pat restera toujours l’Avenger en chef.

Ian Hendry, supplément du TV Times de 1976, publié à l’occasion du lancement des New Avengers

Arrêt de la production

La grève des acteurs d’Equity est un conflit social qui a duré de novembre 1961 à avril 1962 entre les sociétés de télévision ITV et Equity, le syndicat des acteurs qui, jusqu’en 1988, disposait avec le réseau commercial d’un accord selon lequel aucun acteur, sauf les enfants, ne pouvait être engagé dans les programmes du réseau s’il n’était pas membre du syndicat.

La grève débute le 1er novembre 1961, au lendemain de l’expiration du précédent contrat entre les deux parties. La cause du conflit est l’exigence d’Equity d’une augmentation du salaire de base des acteurs, qu’ils estimaient avoir été fixé à un niveau trop bas lorsque les chaînes ITV, alors en difficulté financière, ont commencé à émettre au milieu et à la fin des années 1950. Le tarif de base convenu en 1955 était de sept guinées, porté à dix guinées en 1958. En 1961, Equity demandait trente-six guinées — soit une augmentation de 260 % — tandis qu’un acteur ayant plus de dix répliques devait recevoir quarante-quatre guinées, soit une hausse de 340 %. Une chaîne ITV, Associated Rediffusion, jugea ces revendications « fantaisistes » et les négociations échouèrent fin octobre.

Le 28 juin 1961, Equity avait demandé à ses membres de ne pas signer de nouveaux contrats prenant effet après le 1er novembre. Coronation Street est la seule fiction d’ITV à continuer durant la grève, ce qui, la privant de concurrence, lui permet d’obtenir de très bons scores d’audience. De nombreux programmes, tels que Emergency Ward 10 et The Avengers, disparaissent des écrans, remplacés par des rediffusions, des programmes américains et des films.

Comme souvent dans ce type de conflit, les déclarations publiques masquent des négociations continues. Les revendications d’Equity sont progressivement réduites, tandis que les offres d’ITV augmentent. Les chaînes, à court de programmes, doivent même acheter des films anciens à la BBC. L’accord final du 28 mars établit un nouveau barème de rémunération selon les régions de diffusion et le nombre de répliques, avec des minimums garantis pour chaque type de prestation.

Ian Hendry s’est forgé une solide réputation et commence à recevoir des propositions pour le cinéma. Son contrat l’empêche toutefois de les accepter. Mais cette grève vient interrompre la production. Hendry en profite alors pour quitter la série, tandis que Patrick Macnee, lui, lui restera. Dragonsfield (déjà sans Ian Hendry) sera donc le dernier épisode de la saison produit le 27 septembre 1961. La production de The Avengers reprendra alors en mai 1962 avec l’épisode Mort en vol, initialement prévu pour Ian Hendry.

Photos

Anecdotes

  • Dans l’épisode Tunnel of Fear, John Salew (1902-1961) interprète l’homme qui monte dans le train fantôme au début de l’épisode avant de disparaître mystérieusement. Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, actif depuis les années 1930, il est notamment connu pour son rôle dans Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets, Robert Hamer, 1949). John Salew s’éteint à Londres le 14 septembre 1961, un peu plus de quarante jours après le tournage de Tunnel of Fear, qui constitue l’une de ses dernières apparitions à l’écran. Nous avions déjà relaté sur Facebook l’incroyable histoire de cet acteur décédé en plein direct lors d’une représentation télévisée de la série d’anthologie Armchair Theatre.
  • Dans le premier épisode, Hot Snow, apparaît l’actrice Moira Redmond (1928-2006), qui sera par la suite pressentie pour le rôle d’Emma Peel. Elle bénéficiera notamment du soutien de Brian Clemens, mais c’est finalement Diana Rigg qui sera choisie pour incarner le personnage. Moira Redmond réapparaîtra néanmoins plus tard dans la saison, dans l’épisode Kill the King.
  • Dans l’épisode (hélas perdu) The Yellow Needle, un acteur a complètement oublié son texte lors de la diffusion en direct. À la suite de cet incident, la production a décidé de confier plus systématiquement les rôles secondaires à des comédiens expérimentés.
  • Iris Productions Ltd. — si ce nom n’apparaît ni au générique de The Avengers ni à celui de Police Surgeon, c’est pourtant cette société qui produit la série. Elle figure parfois sur des documents internes ou lors d’échanges avec d’autres chaînes du réseau ITV. Cette société avait été fondée par ABC essentiellement pour des raisons d’avantages fiscaux. Iris Productions avait pour mission de produire des programmes dans les studios de Teddington pour le compte d’ABC.

Chronologie succinte

  • 21 novembre 1960 : Leonard White confirme officiellement qu’Ian Hendry incarnera désormais un nouveau personnage dans une nouvelle série intitulée The Avengers.
  • 2 décembre 1960 : White confirme que Johnny Dankworth a été chargé de composer le générique de The Avengers ainsi que la musique incidente de la série.
  • 20 décembre 1960 : Les tout premiers éléments filmés de The Avengers sont réalisés.
  • 27 décembre 1960 : Les répétitions des deux premiers épisodes (Hot Snow et Brought To Book) commencent dans la salle de répétition 3A des studios de Teddington.
  • 30 décembre 1960 : Les répétitions sont achevées.
  • 7 janvier 1961 : Le tout premier épisode de The Avengers est diffusé à 22 heures sur ABC.
  • Février 1961 : Leonard White adresse une nouvelle directive à son équipe de production, accompagnée d’un nouveau mémo destiné aux scénaristes et réalisateurs, faisant évoluer le format de la série du schéma policier classique vers une série d’aventure et d’action.
  • 31 mai 1961 : Ian Hendry et Patrick Macnee signent des contrats “à court terme” (pour 13 épisodes supplémentaires). Hendry garde la première place au générique.
  • 11 décembre 1961 : Il est décidé de porter la série à 39 épisodes et la recherche d’une nouvelle partenaire féminine pour John Steed est engagée. Son nom envisagé est Venus Smith.

  1. Il s’agit sans doute du mois de novembre, car en septembre 1960 Police Surgeon n’avait pas encore été diffusé et il n’était pas encore question de son remplacement. ↩︎
  2. The Scarlet Pimpernel) est le surnom du personnage principal d’une série de neuf romans populaires publiés de 1905 à 1936 en Angleterre par la baronne Emma Orczy (1865-1947). ↩︎
  3. Dans Le Dernier des cybernautes ?, il emploie en effet Mrs Weir pour les tâches domestiques. Jusqu’à présent, John Steed était suffisamment en forme et indépendant pour se débrouiller seul. ↩︎
  4. Le kitchen sink drama (« drame d’évier de cuisine ») est un courant du théâtre, du cinéma et de la télévision britanniques apparu à la fin des années 1950. L’expression est souvent traduite par réalisme social britannique, même si elle est généralement conservée en anglais. ↩︎
  5. Ampex est une entreprise d’électronique américaine créée en 1944 par Alexandre M. Poniatoff. Le nom AMPEX est un acronyme inventé par son fondateur et signifie : Alexander M. Poniatoff Excellence. ↩︎
  6. Sans doute plus de 3 000 £… Difficile de le savoir avec précision. ↩︎
  7. Les studios ont été démolis en février 2016 afin de laisser place à un programme immobilier. Les bâtiments des studios ont depuis été remplacés par quatre immeubles d’habitation modernes ainsi que par plusieurs maisons de plus petite taille. ↩︎

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