The Avengers 1998

Synopsis

Uma Thurman : Emma Peel
Ralph Fiennes : John Steed
Sean Connery : Sir August De Wynter
Jim Broadbent : Mère Grand (Mother)
Fiona Shaw : Grand Père (Father)
Eddie Izzard : Bailey
Eileen Atkins : Alice
John Wood : Trubshaw
Patrick Macnee : Colonel Jones (participation)

Titre original : The Avengers
Origine : États-Unis
Réalisation : Jeremiah Chechik
Scénario : Don MacPherson
Musique : Joel McNeely
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 1 h 29
Date de sortie : 14 août 1998 aux USA, 19 août 1998 en France

Afin d’extorquer une rançon aux gouvernements, le néfaste tycoon Sir August de Wynter (Sean Connery) s’empare d’une machine infernale – le Prospero Project – qui dérègle le climat à sa convenance. En Écossais qui se respecte, il cible Londres, première victime d’intempéries extrêmes.

Face à cette menace digne d’un James Bond, on fait appel à une équipe hors pair : John Steed (campé par l’impeccable Ralph Fiennes), chapeau melon, traditionnaliste, réservé, gentleman jusqu’au bout de l’épée et agent secret des services britanniques ; et Emma Peel (campée par Uma Thurman, perruquée en rousse), bottes de cuir, sexy, docteure, physicienne experte en climatologie et en nucléaire, tireuse d’élite, vouant une passion au piano et à la poésie.

Le scénario tient ainsi en une page, puisqu’il s’agit avant tout d’installer une comédie romantique – sexuellement tendue et pleine de sous-entendus – dans un contexte décalé, surréaliste et aventurier. Un mélange de Noël Coward, Ian Fleming et Lewis Carroll. Pour rester fidèle à cette série culte, certains dogmes ont dû être religieusement suivis : des rues désertes, des décors psychédéliques, un enjeu absurde, peu de personnages (ici un chauffeur de taxi, un policier, un savant et une nourrice lanceuse de couteaux) et, surtout, des machines extravagantes. Parmi elles, un ours en peluche ninja de six mètres de haut, des insectes mécaniques attaquant la Jaguar d’Emma ou encore le robot sosie de Mrs Peel.

La pluie de poissons ou le blizzard décimant Trafalgar Square ne sont que deux des nombreux effets spéciaux dominant cette production américaine. Cependant, le réalisateur canadien Jeremiah Chechik a maintenu l’esprit de la série : on retrouve ainsi la liaison très XIXe siècle entre Steed et Peel, la coexistence des deux Angleterre (vieux jeu et pop culture), et même le gage de crédibilité apporté par la présence de Patrick Macnee en invisible Colonel Jones.

Ce succédané de Mission: Impossible nous conduira inévitablement jusqu’à l’ultime duel fatal entre Steed et De Wynter. C’est écrit sur les affiches : le duo distingué est là pour sauver le monde. Avec élégance. Et en respectant l’heure du thé.

Inspiration

Le film présente des similitudes avec la saison 1965/1966, la saison la plus inspirante de la série, et en particulier avec les épisodes Dans sept jours le déluge, pour la trame globale du film, et L’Héritage diabolique, lorsque Emma Peel est prisonnière de la résidence de Sir August De Wynter.

On peut y voir également un clin d’œil à Monsieur Nounours lorsque apparaissent les vilains sous le costume d’ours en peluche de toutes les couleurs. Ou encore à l’époque Tara King, et plus précisément à l’épisode Le Visage, avec les supérieurs hiérarchiques de Mother (Mère Grand) et Father (Grand-père).

Peut-être, d’une manière plus détournée, les abeilles tueuses mécaniques font-elles allusion aux humanoïdes tueurs que sont les Cybernautes. On peut supposer qu’il s’agit de la même technologie. Le phénomène de la double Emma Peel dans le film est une thématique récurrente dans la série, qui trouve son paroxysme dans Mais qui est Steed ?.

Les nonnes présentes dans le film le sont également dans la série : elles sont honnêtes dans Remontons le temps ou malhonnêtes dans Mort en vol.

Le terrain d’entraînement où Steed se promène sans encombre au début du film n’est pas sans rappeler le village abandonné dans Cible.

On notera également la présence indispensable de Shakespeare dans toute œuvre d’inspiration britannique, avec cette phrase prononcée par Sean Connery : « C’est l’hiver de votre mécontentement », tirée directement de la pièce Richard III (The Life and Death of Richard the Third), créée en 1593.

Commentaire

D’abord, une évidence : The Avengers ne prend pas. Lorsque John Steed et Emma Peel, à la fin de l’histoire, se félicitent de leur bon travail et se remercient mutuellement en levant une coupe de champagne, on est un peu interloqué. Car jusque-là, il ne s’est à peu près rien passé. Il y a bien eu quelques poursuites dangereuses, deux ou trois explosions spectaculaires, nos héros ont bien vaincu un terrible ennemi, ils se sont même embrassés (les puristes doivent être furieux). Pourtant, tout se passe comme si on n’avait assisté qu’à une séquence introductive, un peu comme lorsque James Bond règle vite fait une affaire au début du film avant de passer aux choses sérieuses. Sauf que là, ce n’est pas vite réglé du tout. Malgré le fait que la projection dure moins d’une heure et demie, c’est affreusement lent et long. Reste à savoir pourquoi le remake prometteur peut produire un tel ventre mou.

La réponse est peut-être simplement dans une sorte d’incapacité générale à retrouver l’esprit de Chapeau melon et bottes de cuir. Sortie d’un imaginaire terriblement porté sur un fantastique à l’ancienne (celui d’Edgar Allan Poe ou de Lewis Carroll), la série était étrange, absurde, et cultivait un humour au second degré qui lui permettait les intrigues les plus irréelles. Dans le remake, scénariste, réalisateur et comédiens se sont manifestement appliqués à restituer sa touche particulière, unique. Mais tous sont dramatiquement tombés dans le piège le plus gros d’une telle entreprise, celui du mimétisme creux. Ils ont pris tous les signes extérieurs qui leur semblaient définir Chapeau melon, et les ont enfilés comme on fabrique un collier de perles. Tous les clins d’œil deviennent ainsi des clichés, l’humour devient lourd et attendu, le style british se transforme en pose artificielle, et l’intrigue ennuie par son incohérence et sa facilité.

Au lieu d’être une histoire, The Avengers n’est donc qu’un catalogue de références qui ne se contente pas de citer la série, mais puise dans toute la culture anglaise. Les personnages boivent du thé et grignotent des macarons à tout bout de champ, citent Shakespeare de-ci de-là, jouent au croquet et aux échecs tout en causant espionnage, roulent en Mini ou en Austin coupé, et ne manquent évidemment jamais une repartie très « flegme british » lorsqu’ils sont en danger de mort. Leur parcours passe par un labyrinthe galant en buissons taillés, le château XVIIIe qui abrita Churchill, ou des buildings high-tech à la Norman Foster. Les grands-mères sortent des mitraillettes de leur poussette, et l’ennemi, bien évidemment, est écossais. Enfin, le générique de début, de même que l’épilogue, font explicitement référence à James Bond, et l’idée de l’intrigue – un fou contrôle la météo et menace d’ensevelir l’Angleterre sous la neige – semble directement piquée à Blake et Mortimer. L’ensemble donne un film-musée, immobile et sans âme.

Histoire d’une production

Le film est annoncé dès 1963 avec Honor Blackman. Après les premiers essais (et propositions) durant les années 60, le projet du film The Avengers semble dormir dans les tiroirs des producteurs.

C’est en 1986, lorsque les droits de The Avengers sont vendus au producteur américain Jerry Weintraub, que le projet refait sérieusement surface. Weintraub est un grand fan de la série. Il engage Sam Hamm (Batman) pour écrire la première version du script, et Mel Gibson est envisagé comme John Steed. Le scénario se concentrerait sur la rencontre John Steed/Emma Peel.

Cette série m’a toujours fasciné. Par son côté très british, ses histoires fantaisistes et sa galerie de méchants hors du commun. Et puis, il y avait bien sûr les deux personnages principaux, superbement écrits, dont la complicité a aidé à bâtir le succès de la série. J’ai toujours rêvé de l’adapter sous la forme d’un long métrage pour le cinéma. Et je suis certain qu’en conservant l’essence même du concept original, en restant proche de ses idéaux, il y a moyen de créer un nouveau genre de films d’action qui mettra en avant les personnages. Un peu à la manière de James Bond.

Jerry Weintraub, source : source : magazine Impact, n° 75




C’est alors que Weintraub rencontre le scénariste Don MacPherson, fan déclaré de Chapeau melon et bottes de cuir, qui s’enthousiasme immédiatement pour le projet. Un nouveau scénario est rédigé par Don McPherson en 1994. Le concept est vendu à Warner Bros. Nicholas Meyer est approché pour jouer les réalisateurs. Les rumeurs vont bon train : un caméo de Patrick Macnee, Dame Diana Rigg en fantôme d’Emma Peel… Gibson et Sharon Stone joueraient le duo fatal.

À mon sens, mieux valait s’intéresser en priorité aux thèmes principaux et récurrents de la série, ceux qui servent de trame à tous les épisodes. L’idéal était de renouer avec les concepts de base : l’irrévérence, l’aspect visuel surréaliste et dépouillé, l’esprit de camaraderie entre les deux héros, la folie des méchants… Une fois l’axe défini, il ne restait plus qu’à trouver un scénariste qui connaîtrait suffisamment la série pour s’en imprégner sans la dénaturer, ni pour autant la recopier.

Jerry Weintraub, source : magazine Impact, n° 75

En 1996, après le carton de Mission: Impossible, puis les adaptations de The Saint, Lost in Space et Wild Wild West, Warner Bros., en mal d’inspiration, décide de relancer la préproduction du film. Après plus d’une décennie à plaider son projet auprès des studios, Jerry Weintraub voit enfin ses efforts récompensés et peut souffler. Steed serait incarné par le très british Hugh Grant et Emma Peel aurait les traits de Nicole Kidman. Puis Grant sera finalement remplacé par Ralph Fiennes. Une paire chic et choc.

Ralph Fiennes est révélé en 1993 par son interprétation du commandant Amon Göth dans Schindler’s List de Steven Spielberg. Il triomphe en 1996 avec The English Patient, dont le scénario et la réalisation sont signés Anthony Minghella, avant d’endosser le costume de John Steed.

Avant même de faire le film, j’étais influencé par le personnage de Steed, irrésistible figure mythique des années 60. En revoyant certains épisodes, je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre d’imiter le jeu de Patrick Macnee. Je devais plutôt m’en imprégner et créer mon propre John Steed.

Ralph Fiennes, source : magazine Impact, n° 75

En 1997, Jeremiah Chechick, diplômé d’art dramatique а la McGill University, est engagé comme cinéaste, malgré son inexpérience dans le genre. Mais le réalisateur n’en est pas à son premier remake : il mettra en scène Diabolique, nouvelle version du chef-d’œuvre d’Henri-Georges Clouzot — avec, on s’en serait douté, beaucoup moins de talent.

Lorsque j’ai reçu le scénario de Chapeau melon et bottes de cuir, se souvient Jeremiah Chechik, j’étais tellement absorbé par le tournage harassant de Diabolique que je ne voulais même pas y prêter attention. Faire un nouveau film était la dernière chose à laquelle j’aspirais. J’ai pourtant lu les trente premières pages sans faire de pause et j’ai immédiatement appelé Jerry pour lui manifester mon intérêt. Étant un admirateur de la série, et face à un script aussi bien écrit, qui retrouvait l’esprit, les personnages et le caractère inhabituel et original des situations, je ne pouvais pas laisser passer une telle occasion. Comme j’ai grandi en regardant la série, je connais tous ses personnages et son ton loufoque, presque surréaliste.

Jeremiah Chechick, source : magazine Impact, n° 75

Il insiste pour enrôler Uma Thurman pour incarner la légendaire E.P. Macnee lui évoquera la très élégante Elizabeth Hurley (vue dans Austin Powers, un must !).

Uma Thurman, qui ne possède pas à l’origine une connaissance très approfondie de la série, n’en est pas moins une actrice solide. Révélée au grand public notamment dans The Adventures of Baron Munchausen de Terry Gilliam (1988), puis consacrée par Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994), elle s’est imposée comme une présence forte du cinéma des années 90. Son interprétation d’Emma Peel sera, à défaut d’être mémorable, tout à fait honorable.

J’ai trouvé le script très sophistiqué et plein de charme. Emma Peel est un personnage très intéressant à interpréter. Elle est intelligente, positive, spirituelle et possède un certain côté ironique qui la caractérise. C’est une véritable superwoman ! Elle est aussi très libre et à peine consciente de son emprise sur les hommes. Ses rapports fins et élégants avec Steed font de Chapeau melon et bottes de cuir un film hors du commun, très différent des films d’action traditionnels.

Uma Thurman, source : magazine Impact, n° 75

Juin 1997. Le tournage commence dans les studios Shepperton, à Londres. Uma est rousse et conduit une Jaguar. Le nom de Sean Connery apparaît au générique dans le rôle du vilain. Pourtant Sean Connery ne sera pas immédiatement convaincu par le scénario et refusera d’abord le rôle du mégalomane Sir August De Wynter. Ce n’est qu’après plusieurs modifications du script qu’il acceptera finalement d’endosser le costume du vilain — décision d’autant plus remarquée qu’elle émane de l’éternel interprète de James Bond.

Cependant, un feu accidentel sur le plateau interrompt le tournage d’une explosion, des étincelles se sont échappées et ont atteint le toit du studio, provoquant un incendie et la destruction d’un décor d’une valeur d’un million de livres sterling.

Hiver 1998. Le tournage est terminé, en finissant avec les scènes d’action et les scènes de miniatures. Surprise au casting : Patrick Macnee tient un rôle tout à fait inattendu dans le film. Il y incarne — ou plutôt prête sa voix à — l’invisible colonel Jones, personnage que l’on n’aperçoit jamais à l’écran. Sans doute l’une des plus belles idées du film.

Nous avons créé un monde que nous nous amusons à appeler Avengersland, un lieu qui n’existe pas et n’existera jamais, sauf dans nos têtes. Un croisement entre l’ancien Londres et le nouveau, comme si les années 90 avaient conservé une ambiance rétro. Les rues n’y ont pas de nom, on n’y voit aucun panneau publicitaire et très peu de passants. C’est un Londres épuré à l’extrême, quasi désert. En dehors des personnages principaux et d’une scène de meeting qui compte une centaine de figurants, on ne voit dans le film que quelques fonctionnaires en uniforme, une infirmière, un chauffeur de taxi, un policier et un savant en blouse blanche.

Jerry Weintraub, source : magazine Impact, n° 75

Avril 1998. La sortie américaine, initialement prévue pour le 26 juin 1998, est décalée à la mi-août. Tout le planning est bouleversé. En fait, les effets spéciaux ne sont toujours pas achevés. Des projections-tests sont organisées début 1998 dans plusieurs villes des États-Unis, avec un retour désastreux. La musique non plus, puisqu’en mai Michael Kamen, le compositeur, change. Ce qui coûtera cher. Joe McNeely, qui a jusqu’ici œuvré sur quelques prods Lucasfilm, propose de réintroduire les premières notes de musique de Laurie Johnson, ce que n’avait pas fait son prédécesseur. Ralph Fiennes ne sera plus disponible pour cause de tournage, Connery sera sur le plateau d’Entrapment et Uma, enceinte, devrait avoir accouché. Cela signifie qu’aucune des trois stars ne pourra assumer la promotion du film.

Août 1998. Les rumeurs sur la qualité du film ne sont pas brillantes. Sean Connery reste même évasif (et remarquablement humble) lors d’un communiqué de presse.

14 août 1998. Sortie aux USA et au Royaume-Uni de The Avengers. Le 19 août, ce sera au tour de la France.

Affiche

Doublage en français

Ralph Fiennes : Patrick Osmond
Uma Thurman : Laurence Crouzet
Sean Connery : Jean-Claude Michel
Jim Broadbent : Yves Barsacq
Fiona Shaw : Tania Torrens
Eddie Izzard : ?
Eileen Atkins : ?
Carmen Ejogo : ?
John Wood : ?
Keeley Hawes : ?
Patrick Macnee : Vincent Grass

À l’évidence, les doubleurs se faisaient une idée erronée de la série. La voix de Steed y est interprétée de manière obséquieuse, pédante, maniérée — tout l’inverse de la subtilité élégante, faussement détachée et délicatement ironique qui caractérisait le personnage dans Chapeau melon et bottes de cuir. La version française parachève ainsi un film qui, selon moi, est passé à côté de l’esprit même de la série.

Annecdotes

  • On apprend dans un article de Laurent Dijan intitulé « Jean-Jacques Beineix, le grand entretien », paru dans la revue Studio Ciné Live n°77, mars 2016, que le réalisateur de Diva et 37°2 le matin a été approché pour réaliser le film Chapeau melon et bottes de cuir.
  • Le film n’a reçu aucun prix honorable, et on le comprend. En revanche, il a été nommé à plusieurs titres lors de la 19e cérémonie des Razzie Awards, en 1999 (Californie) : pire film, pire réalisateur, pire acteur pour Ralph Fiennes, pire actrice pour Uma Thurman, pire second rôle masculin pour Sean Connery, pire scénario, pire couple à l’écran et pire remake ou suite (seule « récompense » que le film obtient, ex æquo avec deux autres films).
  • Brian Clemens aura des mots assez durs à l’égard du film dans Femmes Fatales, en septembre 1998, un magazine américain ( Femme Fatales était un magazine consacré aux actrices de cinéma et de télévision, publié de 1992 à 2008 ) : « Thurman est superbe en cuir, mais Fiennes ressemble un peu trop à Stan Laurel avec le chapeau melon. Si j’avais été impliqué, j’aurais supprimé le chapeau melon et je serais revenu aux bases. L’image de Macnee pour Steed s’inspirait d’un ancien très bon film intitulé Q Planes, où Ralph Richardson jouait un agent des services secrets excentrique. Il portait un parapluie et un chapeau trilby, ce qui lui allait bien et irait probablement aussi à Fiennes. »
  • En 2014, Brian Clemens accordait une interview à Roger Crow, publiée dans le magazine britannique Infinity en 2019. À propos du film, il commentait le niveau de compréhension des Américains vis-à-vis de The Avengers : « J’aurais pu faire fonctionner ça. Mais ils n’ont fait appel à personne qui connaissait The Avengers. C’était ridicule : ils se sont complètement trompés. Les Américains n’ont jamais compris The Avengers ; ils n’ont jamais compris ce qui faisait son succès. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils n’interféraient pas dans la série. Ils avaient peur que ce soit un château de cartes et que, s’ils retiraient la mauvaise carte, tout s’effondre. »
  • Le site The Avengers de Pers Johnson a dénombré pas moins de 94 acteurs dans ce film (en tenant compte des figurants). Cela va à l’inverse des Avengers classiques, où chaque personnage est important.
  • Le film est un échec critique ; il est aussi un échec commercial incontestable : il a coûté 60 millions de dollars et n’en a rapporté qu’environ 50 millions (il existe des différences selon les sources).

Dans la presse

Le film est critiqué dans un court article des Cahiers du cinéma (n°528, 1998). La critique concerne tout autant le film que la série. Chacun appréciera.

Il est probable que les fanatiques ressortent fort déçus de la projection de ce Chapeau melon et Bottes de cuir, qui leur paraîtra à la fois trop ressemblant et sans doute pas assez fidèle à son modèle cathodique culte. Seuls les autres, ceux qui n’ont jamais suivi ou compris les épisodes de la série, risquent de se retrouver, sinon intéressés, du moins intrigués par cet objet étrange. Mais iront-ils voir ce Chapeau melon… qui, il faut bien le dire, ne s’adresse pas à eux ? Ce cercle vicieux absurde ressemble au film lui-même, fausse bonne idée de producteur. Il existe par exemple un vrai décalage dans le déploiement impressionnant de moyens pour tenter de reproduire l’esprit fauché qui faisait le charme de la série et lui imprimait son style particulier. Ici, le grandiose est total et insolite. Il ne se passe pas grand-chose (comme dans la série) et, quand cela se passe, ce n’est pas forcément intéressant. Restent néanmoins une atmosphère, des plans, des décors qui adoucissent d’un curieux sentiment hypnotique l’ennui que l’on peut ressentir face à ce non-spectacle. Ce film indécidable et clos, véritable film-bulle (figure récurrente des décors et accessoires), ne ressemble à rien et possède au moins ce mérite-là. La sorte d’apesanteur dans laquelle il plonge le spectateur parviendra peut-être à lui faire oublier que Sean Connery fait de la figuration, que Ralph Fiennes manque de charisme, et que Uma Thurman, bien que délicieuse, est trop absorbée par son faux accent anglais.

Les cahiers du cinéma (n°528, 1998)

Le film est signalé dans un article de Franz Lidz dans le New York Times du 9 août 1998. L’article est très critique envers le film dès le titre, que je trouve assez cruel : Désolé, Uma, il n’y a qu’une seule Emma. En revanche, le critique fait une véritable déclaration amoureuse à celle qui a incarné le personnage, Diana Rigg. (Extrait)

La grande tragédie dans la vie des hommes d’un certain âge et d’un certain état d’esprit, c’est qu’il n’existe qu’une seule Emma Peel. (…) Les joues généreusement sculptées de Diana Rigg donnaient à Mme Peel une beauté mystérieuse, presque picturale : sur un téléviseur couleur, son visage était tout en porcelaine et ombre, poudré de roses. Son sourire était fripé, ses grands yeux presque noirs, malicieux ; sa voix, grave et envoûtante, résonnait comme du cristal Baccarat. Avec un jury déjà séduit, Uma Thurman fait face à une tâche impossible : interpréter Emma Peel dans l’adaptation cinématographique de The Avengers, qui sort ce vendredi. Comment Uma pourrait-elle rivaliser avec cette super-femme ? Si vous aviez 14 ans en 1966, vous ne pouviez supporter The Avengers sans tomber éperdument amoureux de Diana Rigg. Pendant mes années universitaires, j’étais un adepte du culte de Diana, la suivant dans des productions théâtrales sur deux continents. À Londres, je l’ai vue invoquer les esprits de la nuit en Lady Macbeth, et se balancer depuis une lune en papier mâché tout en chantant Sentimental Journey dans Jumpers de Tom Stoppard. Au St. James de Broadway, j’ai admiré sa Celimene sorcière et mondaine dans une version moderne du Misanthrope. Depuis ma place au huitième rang du balcon, j’étais captivé. Comme Emma Peel, la Celimene de Rigg était une femme élégamment capable, faite de flashes de feu et de touches de glace. Je me suis réveillé de ma rêverie au milieu du premier acte en réalisant que toute ma rangée était remplie de fans captivés et adorateurs de Peel. En réalité, tout le théâtre l’était. C’était doux, touchant et totalement pathétique. Rigg avait un excellent partenaire en Macnee, qui incarnait le compétent et légèrement guindé Steed avec un aplomb édouardien. Steed était plus âgé que Peel d’au moins trois siècles. « C’était un vieux bougon qui prenait plaisir à l’originalité, à l’intelligence et à la vivacité d’Emma, tout en appréciant son esprit et sa beauté », explique Toby Miller, professeur de cinéma à l’Université de New York et auteur d’un livre sur The Avengers. L’attrait de Steed venait peut-être de son côté maître d’hôtel distingué : si un type à l’allure de banquier pouvait être l’ami de Mme Peel, alors il y avait de l’espoir pour nous, les ados de 14 ans. Ralph Fiennes, qui incarne Steed dans le film, n’est pas un vieux bougon, et son savoir-faire ressemble plus à celui d’un serveur qui vous offre une petite touche de poivre qu’au professionnalisme clubby de Macnee.

Franz Lidz dans le New York Times du 9 août 1998

Ralph Fiennes est revenu en décembre 2024, dans les colonnes de Vanity Fair, sur ce long métrage et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne lui voue aucune tendresse :

J’étais dans une période un peu en dents de scie. Je venais de faire cet énorme navet : The Avengers, le navet absolu des navets. Ils n’ont même pas organisé de première. Ils n’ont même pas fait de projections. Ils ont simplement dit : “Sortez-le et fermez les yeux.” Et donc je me suis littéralement dit — comme on le fait quand ce genre de chose vous arrive — : Ça y est, ma carrière est finie.

Ralph Fiennes, Vanity Fair, 12 décembre 2024

Enfin, je terminerai par un commentaire de David K. Smith au sujet du film de 1998, où il déclare sur son site The Avengers Forever :

Il y a le film de 1998 où Ralph Fiennes et Uma Thurman ont tenté de recréer John Steed et Emma Peel, avec Sean Connery dans le rôle du machiavélique cerveau de l’opération. Malheureusement, ce fiasco total a peut-être anéanti tout espoir de suite pour la franchise. De toute évidence, les efforts n’ont pas manqué, seul le succès a fait défaut. Mais je pense que l’histoire n’est pas terminée. S’il y a de l’argent à gagner, quelqu’un finira par les relancer. Pour ma part, j’ai fait de mon mieux !

David K Smith, The Avengers forever

Circulez, y a rien à voir ! Malgré ses efforts pour apprécier ce film, le webmaster parle de fiasco total, et laisse finalement de côté ce rejeton des Avengers, préférant – comme beaucoup d’entre nous – revenir à l’essentiel : les classiques des années 60. De mon côté, si vous l’avez compris, je ne suis pas du tout convaincu par ce film. Pourtant, je pense que tout fan de Chapeau melon et bottes de cuir se doit de l’avoir vu, ne serait-ce que pour se convaincre que n’est pas Avengers qui veut.

Weintraub

Thorn EMI était une importante entreprise britannique active dans les secteurs de l’électronique grand public, de la musique, de la défense et de la distribution. Fondée en 1979, elle comptait parmi ses activités le mythique label EMI. L’entreprise était également l’actionnaire majoritaire (51 %) de Thames Television jusqu’en 1993, société née de la fusion entre ABC Television et London Rediffusion.

Au milieu des années 1980, le producteur Jerry Weintraub (1937-2015) acquit l’intégralité du catalogue Thorn EMI, y compris la série Chapeau melon et bottes de cuir. Il revendit ensuite la plupart des propriétés issues de ce catalogue, telles que Thunderbirds, Le Prisonnier et Amicalement vôtre à PolyGram, mais conserva Chapeau melon et bottes de cuir car il y voyait un fort potentiel et appréciait également beaucoup la série à titre personnel. D’ailleurs, encore aujourd’hui, on retrouve le logo de Weintraub à la fin des épisodes des saisons 1962-1963 et 1963-1964 sur les éditions DVD.

Le producteur était très attaché à Chapeau melon et bottes de cuir et prendra tout le temps nécessaire pour mener à bien ce film auquel il tient profondément.

Don a écrit un scénario à la fois proche de la série et très sophistiqué, avec beaucoup d’action. Mais surtout, il est parvenu à créer un véritable dynamisme entre les deux personnages principaux, John Steed et Emma Peel. J’ai toujours eu un faible pour Peel, même si je sais que les fans de la première heure préfèrent Cathy Gale, incarnée par Honor Blackman. À mon avis, John Steed n’a jamais été aussi intéressant que lorsqu’il était accompagné de Mrs Peel. Nous avons donc retravaillé le script pendant un an et demi afin de retrouver l’esprit de leur relation et les dialogues savoureux qui en découlaient. Aujourd’hui, il faut offrir aux spectateurs une histoire solide et de vrais personnages pour contrebalancer les effets spéciaux. Notre scénario s’articule autour de personnages forts, principaux interprètes d’une comédie romantique évoluant dans des décors sublimes : ils retiennent l’attention et éveillent l’intérêt du public. C’est précisément ce qui fait, selon moi, le succès des nouveaux films d’action. Ajoutez un méchant comme De Wynter au milieu et vous obtenez un mélange détonnant.

Jerry Weintraub, source : magazine Impact, n° 75

Conclusion

Le film de 1998 reste un objet cinématographique curieux, critiqué autant pour sa fidélité discutable à la série que pour l’inévitable comparaison avec Diana Rigg. Les Français avec The New Avengers, comme les Américains avec ce film — aussi géniaux soient-ils dans le domaine du cinéma — ont un terrible défaut : ils ne sont pas britanniques. Capables d’en apprécier l’esprit, incapables de le reproduire à l’écran. Les spectateurs et critiques s’accordent à dire que, malgré les moyens et les intentions, ce Chapeau melon et bottes de cuir ne parvient pas à recréer la magie des Avengers originaux. Les classiques des années 60 demeurent, pour beaucoup, la référence incontournable.

Références

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