Hot Snow & Brought to Book

Ces deux premiers épisodes Hot Snow & Brought to Book (que l’on pourrait traduire par Neige brûlante et L’Heure des comptes) forment un ensemble unique dans l’histoire de la série. Ces deux épisodes ont été écrits par Brian Clemens et Ray Rigby, d’après une idée du superviseur des scénarios Patrick Brown, et réalisés respectivement par Don Leaver et Peter Hammond. Brian Clemens, qui a écrit le deuxième épisode, a également revendiqué plus tard l’écriture du premier. Cette affirmation tend cependant à minimiser la contribution de Ray Rigby, dont il s’agit de l’unique participation à la série.

Nous allons tenter de les résumer ici, acte par acte. Seul le premier acte du premier épisode a survécu — ce qui est déjà considérable. Malheureusement, la toute première apparition de John Steed, dans sa version originelle, n’a jamais été retrouvée et est probablement perdue à jamais.

Les scripts, en revanche, nous sont parvenus. Ils sont notamment disponibles gratuitement sur le site The Avengers de Piers Johnson ainsi que dans les bonus de certains coffrets. C’est à partir de ces documents que nous pouvons reconstituer et résumer ce double épisode, cas unique dans la série originale.

Il faudra attendre 1977 et The New Avengers pour retrouver un autre récit en deux parties : Le long sommeil – Le réveil de l’ours et La Danse de l’ours.

Personnages

Voici la galerie des personnages apparaissant dans les vingt premières minutes de Hot Snow. Le reste de la distribution des deux épisodes est indiqué ci-dessous.

Dr. David Keel : Ian Hendry
Peggy : Catherine Woodville
Spicer : Godfrey Quigley
Johnson : Charles Wade
Charlie : Murray Melvin

Hot Snow

Dr. R.J. Tredding : Philip Stone
Peggy : Catherine Woodville
Spicer : Godfrey Quigley
Charlie : Murray Melvin
Johnson : Charles Wade
Detective Wilson : Alister Williamson
Stella : Moira Redmond
Seargent Rogers : Astor Sklair
Mrs. Simpson : June Monkhouse

Brought to Book

Johns : Lawrence Archer
Lale : Redmond Bailey
Peters : Charlie Bird
Prentice : Lionel Burns
Sergent détective : Michael Collins
Pretty Boy : Clifford Elkin
Ronnie Vance : Robert James
Bart : Neil McCarthy
Nick Mason : Charles Morgan
Spicer : Godfrey Quigley
2e jeune fille chinoise : Anna Shan-Khoo
Dr. Richard Tredding : Philip Stone
Jackie : Carol White
Surintendant détective Wilson : Alister Williamson
Lila : Joyce Wong Chong

HOT SNOW

ACTE I — Peggy, le mystérieux paquet et le meurtre

Le docteur David Keel mène encore une existence parfaitement ordinaire. Il exerce la médecine avec son confrère Richard Treding, tandis que Peggy, sa fiancée, participe à la vie du cabinet. Leur mariage approche et leur quotidien est fait de patients, de prescriptions et de préparatifs domestiques. Rien ne semble devoir éloigner Keel de sa vie de médecin.

Parallèlement, le scénario nous fait découvrir un autre univers. Charlie, Johnson et Spicer appartiennent à une organisation criminelle qui fait circuler de la drogue. Un paquet est introduit dans l’environnement du cabinet médical dans des circonstances suffisamment banales pour ne pas immédiatement éveiller les soupçons. Keel aperçoit ce qui ressemble à un nouvel échantillon, mais Peggy elle-même ne sait pas exactement ce dont il s’agit.

Pour les trafiquants, le véritable problème n’est cependant pas encore le contenu du paquet : Peggy a vu Johnson. Spicer apprend que la marchandise n’a pas été ouverte, mais souligne que la jeune femme a aperçu leur homme et ne paraît pas assez distraite pour l’oublier. Le responsable du réseau ordonne alors qu’elle soit éliminée rapidement. Spicer fixe même l’heure et précise que l’exécution aura lieu dans la rue.

Le meurtre est préparé comme une opération professionnelle. Charlie conduit la voiture ; Spicer est armé. Pendant ce temps, Keel se trouve devant la vitrine d’un bijoutier. Peggy le rejoint. Une arme les suit dans une lunette de visée ; lorsque Keel se déplace et dégage Peggy de son champ, le tireur appuie sur la détente.

Peggy est abattue aux côtés de Keel, en pleine rue.

La foule qui les entoure ne comprend d’abord même pas ce qui vient de se produire.


ACTE II — La piste de l’héroïne et la rencontre avec John Steed

Keel doit affronter les conséquences du meurtre. Le superintendent Wilson lui explique que Peggy n’a pas été victime d’un acte improvisé : les circonstances indiquent un meurtre professionnel, exécuté rapidement et délibérément.

Keel et son confrère Treding reviennent alors sur les événements qui ont précédé la mort de Peggy. Un détail prend soudain une importance considérable : le paquet laissé au cabinet. Lorsque les deux médecins examinent son contenu, ils découvrent qu’il contient de l’héroïne, en grande quantité pour une valeur considérable.

L’étiquette du paquet offre une autre piste. Le nom porté dessus ressemble à celui de Treding mais n’est pas orthographié exactement de la même manière. Le médecin se souvient alors d’un ancien homonyme, Dr Treading — avec un “a” supplémentaire dans le nom —, qui avait autrefois été radié.

Keel se rend chez cet homme et découvre que la piste est déjà devenue meurtrière : l’ancien docteur Treading est retrouvé mort. Une jeune femme, Stella, se présente également chez lui. Elle était l’une de ses patientes et venait obtenir de lui le traitement lié à sa dépendance. L’existence de cette patiente confirme que l’ancien médecin évoluait bien dans le milieu que Keel cherche à comprendre.

La police intervient et Wilson questionne Keel. Celui-ci ne cache plus ses intentions : il pense que ces événements sont liés à la mort de Peggy et estime avoir personnellement le droit de savoir pourquoi elle a été tuée.

En rentrant chez lui, Keel trouve un inconnu qui l’attend. Steed s’est introduit par la fenêtre. Il connaît l’enquête, sait que Keel cherche l’assassin de Peggy et lui laisse entendre qu’il possède des informations auxquelles la police n’a pas accès. Il refuse cependant de révéler clairement qui il est.

Steed lui propose surtout une méthode complètement étrangère à la médecine et au travail policier ordinaire : s’infiltrer dans le réseau. Keel devra se faire passer pour un médecin disposé à tirer profit du trafic de drogue. Pour des trafiquants, explique Steed, un cabinet médical constitue une couverture idéale : un lieu respectable, discret, dans lequel des produits peuvent circuler sans attirer immédiatement l’attention.

Keel comprend les risques. Sa réputation, son cabinet et éventuellement sa vie peuvent être compromis. Steed, lui, refuse toujours de dévoiler entièrement son jeu et demande à Keel de lui faire confiance.

Steed lui demande s’il sait qui a tué Peggy. Keel répond que non.

Steed affirme, lui, le savoir.

Mais il ne lui donne pas encore le nom. Il lui dit en substance que s’il refuse de lui faire confiance, il n’a pratiquement aucune chance de découvrir la vérité. Puis Steed s’en va.


ACTE III — L’infiltration de Keel et le piège

La troisième partie commence avec Keel de retour dans son cabinet. Treding voit qu’il est nerveux et lui propose de prendre sa place pour la journée, mais Keel refuse : il attend manifestement que l’opération mise au point avec Steed commence.

Dans le même temps, Steed se trouve au milieu des criminels et joue son rôle sans leur montrer ses véritables intentions. Leur projet consiste à utiliser Keel comme nouveau contact médical depuis la mort de l’ancien Dr Treading. Ils comptent surtout le compromettre suffisamment pour qu’il devienne inoffensif : une fois impliqué dans leur trafic, il lui sera beaucoup plus difficile de se retourner contre eux.

Johnson arrive donc chez Keel avec Stella et de la drogue. La situation est conçue pour placer le médecin dans une position compromettante en présence de témoins. Keel maintient pourtant son rôle de médecin, examine Stella et propose de lui rédiger une prescription plutôt que de traiter la drogue apportée comme une marchandise ordinaire. Derrière cette scène, Steed poursuit sa propre manipulation du gang.

Le scénario montre également que la mort du vieux Dr Treading n’était pas souhaitée par Steed : il reproche au contraire aux hommes du gang d’avoir agi trop vite. Sa couverture l’oblige cependant à continuer de parler et d’agir comme l’un des leurs.

Keel pénètre de plus en plus profondément dans le réseau. Les trafiquants commencent à traiter avec lui comme avec un homme potentiellement corruptible, tandis que Steed reste intégré au groupe. La situation devient progressivement dangereuse, car chacun cherche à utiliser l’autre et personne ne peut ouvertement révéler son véritable rôle.

Finalement, Keel cesse d’être simplement un moyen pour le gang : il devient une cible à éliminer.

Charlie décide qu’on l’emmènera aux docks. Steed, toujours devant les criminels, précise le scénario prévu : Keel sera récupéré à 12 h 15 et, à 1 h 15, son corps flottera avec la marée. Spicer doit participer à l’opération.

Mais le meurtre n’a pas lieu comme prévu. La police a reçu un renseignement extrêmement précis et a préparé tout un dispositif aux docks. Un homme armé qui visait Keel est tué avant de pouvoir l’abattre. Wilson explique ensuite que des voitures de police attendaient au lieu et à l’heure exacts où les criminels devaient conduire Keel.

Keel pense un instant que l’homme mort pourrait être le professionnel responsable du meurtre de Peggy.

Wilson le détrompe.

L’homme était bien un tueur, mais ce n’est pas celui que Keel recherche. La police dispose désormais d’informations plus précises sur l’homme qu’elle veut arrêter, mais Peggy n’est toujours pas vengée et son meurtrier reste en liberté. Wilson refuse par ailleurs d’expliquer qui a fourni le renseignement qui a sauvé Keel.

Il conseille au médecin de retourner à son cabinet et de laisser désormais le travail policier à la police.

Keel lui répond que c’est un bon conseil, mais ajoute :

« Le travail n’est pas encore tout à fait terminé, n’est-ce pas ? »


BROUGHT TO BOOK

ACTE I — Le nom de l’assassin et une nouvelle guerre de gangs

L’épisode s’ouvre loin du cabinet de Keel, dans le milieu des paris et des rackets. Pretty Boy et les hommes de Ronnie Vance prélèvent de l’argent de protection, mais un rival, Nick Mason, cherche à s’emparer de leur territoire. Mason attaque Pretty Boy et lui fait comprendre que l’ancien équilibre est terminé : une guerre entre bandes rivales est en train de commencer.

Pendant ce temps, Keel tente de reprendre son activité médicale. Il a une nouvelle réceptionniste, Carol Wilson, mais le docteur Treding comprend que son ami n’a toujours pas réellement tourné la page. Peggy a été assassinée, l’affaire a été partiellement éclaircie, mais l’homme qui a appuyé sur la détente n’a jamais été arrêté. Pour Treding, Keel restera prisonnier de cette affaire tant qu’il ne sera pas allé jusqu’au bout.

Steed convoque alors Keel au Rising Sun.

Cette fois, il lui donne enfin davantage d’informations sur lui-même : il se présente comme « une sorte de fonctionnaire » et donne son nom complet, John Steed.

Surtout, Keel lui pose directement la question laissée ouverte à la fin de Hot Snow : Qui a tué Peggy ?

Steed répond immédiatement : Spicer.

Il ajoute que Spicer est revenu à Londres. Le problème n’est donc désormais plus son identité. Steed connaît le meurtrier, et Keel serait capable de reconnaître Spicer, mais il manque la preuve nécessaire pour le faire condamner pour le meurtre de Peggy. Steed lui explique en outre qu’il travaille sous couverture.

Spicer est un professionnel : pour de l’argent, il tue ou fait disparaître un homme. Il travaille désormais pour un nouveau patron. Le racket de protection a repris sous l’autorité de Ronnie Vance, tandis que Nick Mason tente de prendre le contrôle du territoire. Steed s’est infiltré auprès de Mason.

Mason ne veut pas seulement concurrencer Vance : il veut le supprimer. Et l’homme choisi pour ce travail est, une nouvelle fois, Spicer.

Steed explique alors pourquoi il a besoin de Keel. Pretty Boy, le jeune frère de Vance, a été sérieusement blessé au visage lors de l’affrontement avec Mason et a besoin d’un médecin. Vance recherche précisément quelqu’un qui saura soigner son frère sans poser de questions embarrassantes.

Keel est donc parfaitement placé pour entrer dans le camp adverse.

Steed organise ensuite une mise en scène destinée à donner à Keel une réputation suffisamment douteuse pour intéresser Vance. L’objectif n’est pas de transformer Keel en criminel mais de convaincre Vance qu’il pourrait l’être.

Keel est engagé dans une nouvelle infiltration, cette fois avec un but très précis : se rapprocher de Vance afin de permettre à Steed et à la police de placer Spicer dans une situation où il pourra enfin être confondu.


ACTE II — Keel devient le médecin de Vance

Keel est introduit plus profondément dans l’univers de Ronnie Vance. Il soigne Pretty Boy, dont le visage a été entaillé, et gagne progressivement la confiance de son frère. Vance apprécie précisément ce médecin qui paraît savoir quand ne pas poser de questions.

Keel devient ainsi beaucoup plus qu’un simple visiteur. Son cabinet respectable lui sert de couverture tandis qu’il peut désormais entrer chez Vance et observer les hommes qui l’entourent.

De son côté, Steed poursuit son travail chez Nick Mason, en compagnie notamment de Spicer. Mason veut se débarrasser des frères Vance et envisage Spicer comme l’homme capable de régler définitivement le problème. Steed exploite cette intention au lieu de l’empêcher immédiatement : son objectif est que Spicer soit pris dans des circonstances qui permettront enfin de produire les preuves qui manquent.

Keel et Steed coordonnent alors leurs informations. Keel a gagné suffisamment de confiance auprès de Vance pour permettre à Steed de connaître la disposition de son appartement et les mouvements de ses hommes. Le plan devient de plus en plus élaboré.

Steed propose de provoquer ce qui semblera être une véritable tentative de prise de contrôle du territoire de Vance. Si Vance croit ses affaires attaquées simultanément, il enverra ses hommes défendre ses différents intérêts. Son appartement se videra progressivement, créant précisément la situation recherchée.

Keel devra rester au cœur du dispositif et indiquer à Steed, par téléphone et sous une forme codée, lorsque les conditions seront réunies.

L’opération se met en place. Les attaques contre les affaires de Vance se multiplient, donnant l’impression que Mason lance réellement son offensive générale. Vance réagit comme Steed l’avait prévu et disperse ses hommes.

Keel, lui, sait que son rôle devient de plus en plus dangereux : il est désormais seul au milieu d’hommes qui le tueraient probablement s’ils comprenaient qu’il travaille contre eux.

Keel quitte son environnement médical pour rejoindre l’étape décisive de l’opération.


ACTE III — Le piège se referme sur Spicer

Vance reçoit les nouvelles de l’offensive et continue d’envoyer ses hommes aux différents points menacés. Keel utilise une conversation téléphonique anodine, formulée comme une discussion de paris hippiques, pour informer Steed que le moment prévu approche.

Steed déclenche alors la suite du plan.

La manipulation finit par provoquer une rencontre directe entre Mason et Vance. Chacun comprend progressivement qu’un tiers a joué les deux camps l’un contre l’autre. La police, avec Wilson, intervient elle aussi, mais le jeu de faux-semblants n’est pas encore terminé.

Mason finit par comprendre qu’il y avait un homme placé à l’intérieur du dispositif. Il identifie Keel comme l’un des responsables de la manipulation. Dans le même temps, il révèle que Spicer a été chargé de s’occuper de Steed.

Keel se précipite alors au Rising Sun.

Steed y joue encore son personnage devant les témoins. Keel entre, semble se retourner contre lui et le frappe. Lorsque Spicer arrive pour exécuter le contrat, il trouve Steed à terre.

Keel lui annonce :

« Il est mort. »

Puis il précise la cause apparente : une crise cardiaque.

La réaction de Spicer le trahit immédiatement. Keel lui fait remarquer qu’il n’a donc plus besoin de tuer Steed, ce qui démontre qu’il connaît précisément la mission qui lui avait été confiée. Spicer reconnaît alors Keel et les deux hommes se battent.

Keel maîtrise finalement Spicer et utilise son métier de médecin pour monter le dernier bluff de l’histoire. Il prépare une seringue et laisse croire au tueur qu’il vient de lui administrer — ou est sur le point de lui administrer — un produit mortel à action très rapide.

Spicer tente d’abord de se persuader que Keel bluffe. Il lui rappelle qu’il est médecin et qu’un médecin ne peut pas agir ainsi.

Keel maintient la pression et lui fait comprendre que dans quelques secondes il sera peut-être trop tard pour parler.

Spicer craque.

Il avoue explicitement :

il a été payé pour tuer Peggy.

Keel lui demande alors si Nick Mason l’a payé de la même manière pour tuer Vance. Spicer répond oui et fournit plusieurs autres noms appartenant au réseau : Mason, Lloyd, Peters, Jim Murphy et Bart Martin. Wilson estime que ces aveux sont plus que suffisants pour commencer à faire tomber l’organisation et que, Spicer une fois détenu, les témoins seront probablement beaucoup plus disposés à parler.

La vengeance personnelle de Keel ne se transforme cependant pas en meurtre.

Une fois Spicer neutralisé, Steed examine la seringue et demande à Keel s’il aurait réellement utilisé le produit si l’homme n’avait pas parlé.

Keel révèle alors la vérité : il s’agissait d’un barbiturique inoffensif qui ne lui aurait fait aucun mal.

Tout n’était qu’un bluff.

Cette résolution ferme enfin l’histoire commencée au début de Hot Snow. L’assassin de Peggy est identifié, son propre aveu a été entendu et la police dispose désormais de ce qui lui manquait.

Mais la dernière scène donne également un nouveau sens à tout ce qui vient de se passer.

Steed propose à Keel de continuer à travailler avec lui. Il compare le crime à une maladie : quelque chose qu’un médecin pourrait observer, examiner et peut-être apprendre à comprendre. Keel rappelle qu’il possède un cabinet florissant ; Steed lui promet qu’on ne fera appel à lui que lorsque sa présence sera réellement nécessaire.

Keel ne donne pas une acceptation solennelle. Sa réponse est beaucoup plus simple :

« Vous savez où me trouver. »

Steed lève alors son verre :

« À notre prochaine rencontre. »

Conclusion

Au-delà de la résolution du meurtre, ces deux épisodes racontent surtout la naissance du partenariat entre David Keel et John Steed. Dans la première partie, leur rencontre est provoquée par la recherche des assassins de Peggy. Dans la seconde, leur collaboration devient volontaire. Steed propose à Keel de continuer à travailler avec lui, en comparant le crime à une maladie que le médecin pourrait aider à examiner et à combattre. Keel n’abandonne pas son cabinet, mais accepte implicitement la possibilité de nouvelles missions.

L’histoire complète forme donc un passage d’une tragédie personnelle à une nouvelle vocation pour Keel. L’ambiance générale de ces épisodes est bien évidemment très loin de l’esprit absurde ou fantaisiste que l’on connaît. Ces deux épisodes constituent une base pour la construction de ce qui va devenir Chapeau melon et bottes de cuir.

Extraits

Extrait 1 — Première rencontre entre David Keel et John Steed

Steed s’est introduit chez Keel peu après la mort de Peggy. C’est leur première véritable confrontation, et Steed lui propose déjà de pénétrer le réseau criminel.

STEED : Je vous attendais. Vous êtes rentré plus tôt que prévu. Comment ça s’est passé avec la police ?

KEEL : Comment êtes-vous entré ?

STEED : Par la fenêtre. Toutes mes excuses.

KEEL : N’en parlons plus.

STEED : J’ai été vraiment désolé d’apprendre ce qui était arrivé à votre fiancée. Vous savez, je crois que je pourrais vous être utile.

KEEL : Je crois surtout que vous pourriez être utile à la police.

STEED : Je ne ferais pas cela avant d’avoir entendu ce que j’ai à vous dire. Si je me mets à votre place, et que je pensais que quelqu’un pouvait m’aider, je ne le mettrais pas dehors et je ne le ferais pas arrêter avant qu’il m’ait dit ce que je veux savoir… surtout s’il pouvait me conduire jusqu’au meurtrier.

KEEL : Qui êtes-vous ?

STEED : Je suis désolé, mais je ne peux pas vous le dire. Croyez-moi simplement : je suis du côté des anges.

KEEL : Et comment pourrais-je le savoir ?

STEED : Vous ne le pouvez pas. Mais la police ne vous est pas d’un grand secours, n’est-ce pas ? Quant à moi, vous savez bien que je dois savoir quelque chose, sinon je ne serais pas ici. Et j’imagine que vous préféreriez risquer n’importe quoi plutôt que de continuer à vivre dans l’incertitude de ces trois derniers jours.

KEEL : C’est possible.

STEED : Vous risqueriez votre cabinet ? Votre réputation ?

KEEL : Impossible de répondre à cela.

STEED : Évidemment. Pas avant de savoir ce que cela implique.

KEEL : Très bien. Qu’est-ce que cela implique exactement ?

STEED : Vous devrez faire croire que votre ambition de toujours était de vendre de la drogue. Que vous en avez assez de votre petite pratique monotone. Que vous voulez gagner de l’argent. Beaucoup d’argent. Puis prendre votre retraite et mener la grande vie sur le Continent.

KEEL : Et à qui cette comédie est-elle destinée ?

STEED : À certains de mes collègues.

KEEL : Et ces fameux collègues vont me faire confiance ?

STEED : Bien sûr que non. Ils ne font confiance à personne. Mais je peux les convaincre de tenter leur chance avec vous. Ils sauteront sur l’occasion d’avoir un médecin parfaitement respectable à leur solde.

KEEL : Je vois.


Extrait 2 — Le piège des docks et la fin ouverte

Les criminels ont prévu de tuer Keel aux docks. La police le sauve, mais Keel découvre que l’homme qu’il recherche — le meurtrier de Peggy — court toujours.

CHARLIE : Les docks.

STEED : On le récupère à minuit quinze. À une heure quinze, il flottera avec la marée. Va chercher Spicer.

Plus tard, après l’intervention de la police…

WILSON : Vous allez bien, monsieur ?

KEEL : Oui.

WILSON : Nous avions décidé de vous suivre. Heureusement.

WILSON : Nous vous avions préparé un comité d’accueil aux docks. Il y a tout un convoi de voitures de police qui vous y attend.

KEEL : Aux docks ?

WILSON : C’est là qu’ils comptaient vous emmener. Nous avions reçu un renseignement : l’heure et l’endroit exacts.

ROGERS : Commissaire, il est mort, monsieur. Un seul coup de feu. Je vais prévenir Scotland Yard et faire venir le fourgon.

WILSON : Très bien. Et dites-leur aussi de lever le dispositif aux docks. Vous avez eu de la chance : il vous visait.

KEEL : Oui, j’ai eu de la chance. Enfin, vous avez votre homme, d’une manière ou d’une autre.

WILSON : Quel homme ?

KEEL : Votre tueur professionnel.

WILSON : J’aimerais pouvoir vous dire oui, monsieur. Celui-ci en est certainement un, mais ce n’est pas l’homme que vous recherchez.

KEEL : Alors où est-il ?

WILSON : Nous avons maintenant tous les renseignements nécessaires. Nous savons exactement qui nous cherchons.

KEEL : Alors qui a fait ça ?

WILSON : Je l’ignore. Mais qui que ce soit, il vous a sauvé la vie. Restons-en là.

WILSON : La prochaine fois, vous n’aurez peut-être pas autant de chance. Puis-je vous suggérer de vous en tenir à la médecine et de nous laisser le travail de police ?

KEEL : C’est un bon conseil, commissaire. Mais le travail n’est pas encore tout à fait terminé, n’est-ce pas ?


Extrait 3 — Spicer avoue le meurtre de Peggy

Keel tient enfin l’homme qu’il recherchait. Il fait croire à Spicer qu’il va lui injecter un produit mortel afin de lui arracher la vérité.

KEEL : Il est mort !

SPICER : Mort ?

KEEL : Crise cardiaque. Aucune chance… Vous n’aurez plus besoin de le tuer maintenant, n’est-ce pas, Spicer ?

SPICER : Hé… comment avez-vous su… ? Vous !

Keel et Spicer se battent. Spicer est finalement maîtrisé.

KEEL : Tenez-le. Il n’y a peut-être pas assez de preuves pour le faire condamner… mais maintenant, cela n’a plus d’importance.

STEED : Qu’est-ce que vous fabriquez ?

KEEL : Ce ne sera peut-être pas aussi rapide que la pendaison… mais ce sera tout aussi efficace.

SPICER : Vous bluffez…

KEEL : Vraiment ?

SPICER : Vous… vous ne le ferez pas… Vous êtes médecin. Vous ne pouvez pas faire ça…

KEEL : Ah non ? Reposez-moi la question dans dix secondes… si vous en êtes encore capable. Ce produit agit très vite.

SPICER : Ce n’était pas seulement moi… On m’a payé pour tuer votre fille.

KEEL : On vous a payé ? De la même manière que Nick Mason vous a payé pour tuer Vance ?

SPICER : Oui…

KEEL : Donnez-nous d’autres noms, Spicer. Qui d’autre est mêlé à tout ça ?

SPICER : Mason… Lloyd… Peters… Jim Murphy… Bart Martin… Ils en font tous partie.

KEEL : Ça suffit ?

WILSON : Plus que suffisamment pour le moment. Une fois que les gens sauront que Spicer est derrière les barreaux, nous n’aurons probablement plus autant de mal à convaincre les témoins de parler.


Extrait 4 — Naissance du partenariat entre Keel et Steed

Après l’arrestation de Spicer, Steed découvre que Keel n’aurait jamais réellement tué son prisonnier. Puis il lui propose de poursuivre leur collaboration. C’est la scène qui installe véritablement le duo.

STEED : Si vous n’aviez pas obtenu ses aveux, vous vous en seriez vraiment servi ?

KEEL : Oui… d’un barbiturique parfaitement inoffensif. Ça ne lui aurait fait aucun mal.

STEED : Voilà qui mérite un bon double whisky.

KEEL : J’ai un cabinet dont je dois m’occuper…

STEED : Docteur Keel…

STEED : Vous savez, nous pourrions avoir besoin de vous.

STEED : Et vous pourriez avoir besoin de nous… Le crime est une maladie. Travaillez avec nous : vous pourrez l’explorer, l’examiner… peut-être même finir par la comprendre. Il n’y a pas tellement de bien dans ce monde que nous puissions nous permettre de nous passer d’un peu plus.

KEEL : J’ai… un cabinet qui marche plutôt bien, vous savez.

STEED : Il n’en souffrira pas, je vous le promets. Nous ne ferons appel à vous que lorsque nous aurons besoin de vous… vraiment besoin de vous. Alors, docteur ?

KEEL : Vous savez où me trouver.

STEED : À notre prochaine rencontre.

Sources