L’Oxford Union Society est une société de débats fondée en 1823 à Oxford, en Angleterre, dont les membres proviennent principalement de l’université d’Oxford, mais qui reste indépendante de cette dernière. Cette prestigieuse société invite régulièrement des personnalités de premier plan du monde artistique, mais surtout politique.
Sur son emblème figure la devise latine « Dominus illuminatio mea » (« Le Seigneur est ma lumière »), que l’on retrouve également sur le blason de l’université d’Oxford.
Le 5 février 2019, l’Oxford Union recevait Dame Diana Rigg, venue parler de sa carrière et de son métier d’actrice. Cette conversation a été mise en ligne par les organisateurs le 8 mars de la même année . Nous vous proposons ici une retranscription en français de cet échange.
Transcription
DAME DIANA RIGG :
Merci, Jack. Merci à mon petit jeune homme.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
C’est un plaisir de vous recevoir ce soir. Je me demandais si nous pouvions commencer, justement, par le début de votre carrière et vos années à Stratford-upon-Avon. J’aimerais vous demander ce que cela représentait d’avoir la possibilité, pendant cinq ans, de vous exprimer, d’apprendre le métier, dans un environnement à la fois si sûr et si exigeant.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, pour commencer, j’ai fait du théâtre de répertoire à Chesterfield1 avant d’arriver à Stratford. J’avais toujours voulu aller à Stratford, mais j’ai fait une sorte d’apprentissage comme régisseuse au théâtre de répertoire de Chesterfield, et cela m’a été incroyablement précieux.
L’une des expériences les plus précieuses, c’était quand on était « au livre » pendant une pièce — être « au livre », cela signifie assurer le soufflage — et que je jouais également un rôle. J’étais donc déjà en costume, prête à faire mon entrée, puis quelqu’un venait prendre le livret de soufflage et j’allais jouer mon rôle. À côté de moi, j’avais les indications d’éclairage : « Orange, préparez-vous, rouge, top », et toutes les indications figuraient dans le livret. Derrière moi, il y avait un appareil appelé Panatrope2, qui était en fait une platine avec un bras, et des disques contenant toutes sortes d’effets sonores : une voiture qui arrive, une voiture qui repart, de la musique. Et à la fin de la pièce, je me levais pour tirer le rideau.
L’année dernière, j’étais à Broadway dans une comédie musicale, et les régisseurs étaient là avec leurs casques, leurs talkies-walkies et des sortes de petites lumières scintillantes ; ils communiquaient dans tout le théâtre avec les personnes qui y travaillaient. Je leur ai raconté mon expérience de régisseuse et ils n’arrivaient tout simplement pas à le croire : à dix-neuf ans, j’avais fait ce qu’ils faisaient, et j’étais en réalité responsable du spectacle.
Il y a énormément de moments auxquels je repense avec grand plaisir. Notamment celui où nous jouions une pièce d’Agatha Christie. Au moment où le rideau tombait sur le premier acte, je devais faire passer sur le Panatrope La Chevauchée des Walkyries. Mais j’avais mis le mauvais disque sur la platine, et c’était Jimmy Shand3 avec The Dancing Dustman.
Voilà donc comment je m’étais préparée à aller à Stratford. Quand j’y suis finalement arrivée, après une année de répertoire, j’ai eu une chance incroyable, parce que c’était la dernière année du directeur, qui s’appelait Glen Byam Shaw. Il avait décidé de partir en beauté. Il avait donc fait venir une distribution immense, composée de personnalités prestigieuses.
La première production était Othello. Au fait, je n’y faisais que de la figuration ; je ne jouais même pas de petits rôles. Je faisais simplement de la figuration dans toutes ces productions, et quel privilège c’était ! La première était donc Othello, avec Paul Robeson4 dans le rôle d’Othello, et Mary Ure ; Sam Wanamaker jouait Iago et Albert Finney avait un petit rôle. Entendre ce texte dit par Paul Robeson, avec cette voix, c’était extraordinaire.
La deuxième production était Le Songe d’une nuit d’été, avec Charles Laughton dans le rôle de Bottom. La troisième, c’était Laurence Olivier dans Coriolan, avec Dame Edith Evans. Vanessa Redgrave y jouait un petit rôle, si vous pouvez imaginer cela.
C’est ainsi que j’ai appris : en regardant et en écoutant. Je n’aurais pas pu avoir de meilleurs professeurs, car chaque soir, on [inaudible] une petite différence dans une interprétation, une inflexion différente ; et chaque soir, on entendait des comédiens accomplis travailler le vers, la façon dont ils l’abordaient, dont ils se l’appropriaient personnellement, tout en respectant le vers, mais en le rendant entièrement personnel à l’intérieur du personnage. Cela a été pour moi une leçon très profonde dès le début.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Pensez-vous que ces mêmes possibilités et expériences existent encore aujourd’hui pour les jeunes comédiens, ou que le secteur a changé ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, malheureusement, il a changé. Ce qui s’est passé ensuite à Stratford, c’est qu’après le départ de Glen Byam Shaw, Peter Hall lui a succédé. Il était jeune et extraordinairement passionné ; il a instauré des cours de diction du vers, de mouvement et de chant. Il a véritablement cultivé les jeunes talents, ce qui, hélas, n’a plus jamais été fait par la suite, et cela m’a énormément apporté.
Les troupes comme celle-là, à cette époque, n’existent plus. Tout est devenu mouvant ; on n’engage plus des gens pour les former, pour leur permettre d’échouer. Je dois dire que j’ai échoué de nombreuses fois dans mon métier, et je vous assure en toute sincérité que j’ai davantage appris de mes échecs que de mes réussites.
À l’époque, les comédiens avaient donc le droit d’échouer, et je crois que ce droit a aujourd’hui disparu.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Et vous attribuez la longévité de votre carrière réussie à cette formation classique ?
DAME DIANA RIGG :
Je l’attribue à cette formation classique, au désir d’apprendre, de continuer à apprendre, d’expérimenter et de me jeter dans tout ce qui se présentait ensuite. Je n’avais pas de parcours tracé. Je n’avais pas d’ambition. En fait, j’avais un ami très cher que je connaissais depuis cinquante ans, et un jour — je ne sais plus, quelqu’un m’avait posé une question et je m’étais mise à m’interroger moi-même — je lui ai demandé : « Est-ce que j’étais ambitieuse ? » Et il m’a répondu : « Non, non, tu ne l’étais pas. Tu étais simplement reconnaissante. » Et je crois que c’est vrai. J’ai toujours simplement été reconnaissante de ce qu’on me proposait. Et si cela me permettait de m’épanouir d’une manière ou d’une autre, je l’acceptais avec enthousiasme. Parce que, quoi que l’on fasse, rester sur place n’a tout simplement aucun sens. Il faut, il faut continuer à avancer et à apprendre.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Ce serait donc votre conseil aux jeunes comédiens d’aujourd’hui : saisir tout simplement toutes les occasions qui se présentent ?

DAME DIANA RIGG :
Oh, absolument. Et ne méprisez rien. Ce sera peut-être mauvais, mais vous pourrez en apprendre quelque chose. Vous pourrez apprendre quelque chose des autres acteurs et, et vous serez devant un public. Je veux dire, souvenez-vous toujours de ceci : à quoi bon rester chez soi à attendre le rôle ? Le mieux est de sortir et de s’exercer et de jouer devant un public, ou devant une caméra de télévision, ou de cinéma.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Vous avez déjà dit que, lorsque vous êtes passée à la télévision, les comédiens de la Royal Shakespeare Company vous méprisaient parce que vous les quittiez pour faire de la télévision ?
DAME DIANA RIGG :
Oui. Eh bien, Peter Hall a dit : « Oh, elle va gâcher son talent dans cette stupide télévision. » Mais ce qu’ils ne comprenaient pas — parce qu’on en était aux débuts et que sa remarque était parfaitement justifiée de son point de vue —, c’est que la télévision est devenue un immense vivier de talents qui, ensuite, reviennent nourrir le théâtre. Je veux dire, aujourd’hui, c’est un cycle complet. On peut commencer au théâtre et passer à la télévision. C’est ce que j’ai fait en premier quand je suis devenue célèbre et que je pouvais remplir les salles. C’était après la, je crois que c’était la première saison de Chapeau melon et bottes de cuir, et je suis retournée à Stratford pour jouer La Nuit des rois. En fait, je tournais Chapeau melon et bottes de cuir le lundi et le mardi, puis j’allais à Stratford jouer La Nuit des rois le mercredi en matinée et en soirée, ainsi que le samedi en matinée et en soirée. Et je dois dire que c’était formidable, parce que c’étaient les deux côtés du spectre. Ce n’était pas l’une ou l’autre extrémité. C’était absolument merveilleux.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Pensez-vous qu’il soit plus facile de commencer au théâtre, d’apprendre le métier classique, puis de passer à la télévision ?
DAME DIANA RIGG :
Je ne crois pas qu’il y ait, je ne crois pas qu’il y ait un parcours prescrit. Tout dépend de vous et de votre chance. J’ai eu énormément de chance d’avoir passé cinq ans à Stratford. Enfin, j’avais fait un an de répertoire, puis je suis allée à Stratford où je suis restée cinq ans ; ensuite, j’ai décroché ce rôle à la télévision, puis je suis retournée à Stratford, et à partir de là, tout s’est enchaîné. Car Chapeau melon et bottes de cuir m’avait propulsée vers une sorte de… j’étais célèbre, alors qu’il m’aurait fallu vingt ans de théâtre pour atteindre ce degré de célébrité, si tant est que j’y sois arrivée. La télévision est donc incroyablement puissante, incroyablement importante, mais n’oublions pas qu’elle est aussi quelque peu restrictive, et qu’il faut garder toutes ses possibilités ouvertes. Pour moi, si l’on veut durer, il faut retourner au théâtre, parce que le public de théâtre est le plus fidèle de tous.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Pensez-vous donc qu’avec Chapeau melon et bottes de cuir, puis votre passage à James Bond, vous avez craint à un moment d’être enfermée dans un type de rôle, de vous engager sur une voie dont il serait difficile de revenir ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, pas avec Chapeau melon et bottes de cuir. Oui, j’aurais pu l’être, mais je suis ensuite retournée au théâtre, j’ai fait quelques productions télévisées, puis le James Bond. Et, je veux dire, tout le monde me pose des questions à ce sujet. Je sais, je savais exactement ce que je… pourquoi j’avais été choisie. J’étais là ; George Lazenby, lui, n’avait aucune expérience du métier d’acteur, je crois qu’il n’avait fait que de la publicité, et, et j’étais là en tant que professionnelle pour l’aider à traverser tout cela. J’étais très heureuse de le faire, jusqu’à un certain point. Cela ne s’est pas terminé de façon entièrement heureuse, comme vous le savez sans doute. Pourtant, le film lui-même est très apprécié, et George était plutôt bon, mais il était simplement extraordinairement difficile. Alors ils ne l’ont pas rappelé. Et je pense qu’il doit le regretter profondément, car il n’était vraiment pas mauvais du tout.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
A-t-il été difficile de faire face à la célébrité apportée par Chapeau melon et bottes de cuir et James Bond, ou vous y êtes-vous adaptée naturellement ?
DAME DIANA RIGG :
Non, pas du tout. Voyez-vous, vous ne pouvez pas savoir aujourd’hui qu’à cette époque toute cette énorme machine publicitaire qui se concentre maintenant sur les vedettes de télévision n’existait absolument pas. Être connue était donc une expérience très étrange, et être reconnue en était une autre. Et comme je venais du Yorkshire, être qualifiée de sex-symbol était tout à fait extraordinaire ; je ne savais absolument pas comment réagir, parce qu’on ne parlait pas de sexe dans le Yorkshire, encore moins d’afficher sa sexualité5. Je n’étais donc pas très douée pour afficher ma sensualité, et, et je me suis plutôt détournée de cet aspect de ma célébrité. Oui, de nos jours, je veux dire, c’est, c’est, c’est un monde tellement différent qu’il est très, très difficile de l’expliquer sans paraître terriblement démodée. Par exemple, les jeunes… il n’y avait pas, il n’y avait pas de jeans. Non. Vous, vous étiez habillée comme une dame d’âge mûr. Moi, vous savez, je portais des jupes et des ensembles de twin-set6. Il y avait des sortes de robes appelées Horrocks7 qu’on portait en été, et que les dames d’âge mûr portent encore. C’étaient les seules choses auxquelles on avait accès. Il n’y avait pas de musique pop, pas vraiment. Chubby Checker8, et c’était à peu près tout. Alors, euh, c’était, c’était complètement différent, et à l’époque j’étais complètement perdue.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Vous disiez donc tout à l’heure que vous étiez mal à l’aise à l’idée de devenir un sex-symbol, comment gérer cela. Pensez-vous qu’aujourd’hui le milieu soit allé encore plus loin dans cette direction et qu’il sexualise excessivement les femmes et les jeunes actrices ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je dirais que c’est un choix. C’est un choix. Vous pouvez vous engager dans cette voie et vous en servir, et beaucoup de jeunes actrices le font, avec beaucoup de succès ; ou bien vous pouvez dire : « J’ai certaines priorités, et ma sexualité n’est pas en tête de liste. Mon métier d’actrice, si. C’est cette partie de moi sur laquelle je veux me concentrer, et c’est cette partie de moi que je vais développer. »
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Pensez-vous qu’il soit difficile pour de jeunes actrices de refuser ainsi une chance d’accéder à la célébrité, et de devoir ensuite, comme vous le disiez, passer peut-être plus de temps au théâtre et plus de temps à travailler leur métier, si les occasions se présentent davantage ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je pense qu’on peut se laisser détourner de sa voie, et je pense que cela demande peut-être de la force de caractère pour, pour garder, garder en vue ce que l’on veut. Pas nécessairement la célébrité comme résultat final ou quoi que ce soit de ce genre, mais se connaître, savoir jusqu’où on doit progresser, quelles parties de soi doivent encore se développer.
La voix, par exemple. Il y a des années, j’ai joué Médée, ce qui était très éprouvant. D’immenses tirades, les unes après les autres, page après page. Et j’ai développé une voix dont j’ignorais alors la puissance, mais quelqu’un m’a dit que son amplitude parlée était presque aussi grande que celle d’une voix chantée. Et je savais… c’est très intéressant, parce que les cordes vocales répondent à la pensée. On pense à une note et les cordes vocales s’y adaptent. C’est cela, chanter : penser à l’avance, et les cordes vocales s’adaptent. Il se passe la même chose quand on prononce un discours. Il faut donc entraîner les cordes vocales. Pour les soutenir, il faut maîtriser sa respiration, et c’est un art en soi. Autrefois, beaucoup de vieux comédiens pouvaient dire un sonnet, les quatorze vers, d’une seule respiration. C’était l’épreuve.
Et je me souviens d’un autre grand rôle particulièrement exigeant, Phèdre, dans l’adaptation de Ted Hughes. C’était merveilleux. Je jouais avec Barbara Jefford, une actrice classique, qui interprétait la nourrice à mes côtés. Il y avait un passage de la pièce qui, je le savais, devait, pour lui rendre justice, être prononcé d’un seul souffle. Et j’en avais fait une sorte d’objectif à atteindre, quelque chose que je voulais réussir pendant la série de représentations. Je le poursuivais, en quelque sorte, et petit à petit, petit à petit, je m’en approchais, jusqu’au soir où, soudain, bingo, j’y suis arrivée.
Et lorsque nous avons quitté la scène, Barbara s’est tournée vers moi et m’a dit : « Bravo. » Et je sais que ce qu’elle avait fait, c’était se mettre dans la même disposition d’esprit et se dire : « C’est ainsi que ce passage particulier doit être prononcé. » Nous avions cette merveilleuse compréhension tacite : une génération plus âgée reconnaissait ce que la génération plus jeune s’efforçait d’accomplir pour, pour servir son personnage. Et c’était formidable.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
À propos de votre carrière sur scène, je me demandais quel est votre souvenir le plus cher, mais aussi ce dont vous êtes la plus fière.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je pense que les deux vont de pair, en réalité. Je parlais tout à l’heure avec certaines personnes, et Médée a commencé très modestement, dans une mise en scène de Jonathan Kent à l’Almeida9. Nous jouions à guichets fermés10, mais aucun producteur du West End n’a repris le spectacle. Je ne me souviens plus de ce que nous avons fait… Nous… Ah, si, nous avons fait All for Love ensuite. Mais pendant tout ce temps, Jonathan et moi nous disions… je sentais, je sentais que cette pièce avait encore de la vie en elle. Elle n’était pas morte. Elle pouvait aller plus loin.
Alors, après la fin de All for Love, nous sommes allés voir Bill Kenwright, et je lui ai dit : « S’il te plaît, ressuscite-la. Fais-moi confiance, ça marchera. » Et Bill — il a fait semblant de l’avoir vue, alors que ce n’était pas le cas — a répondu : « Oui, oh oui, je vais le faire. Merveilleux, merveilleux », a-t-il dit. Et, que Dieu le bénisse, il l’a fait.
Nous avons fait une tournée dans toute l’Angleterre. À chaque étape, il y avait très, très peu de publicité préalable, très peu de bouche-à-oreille, mais nous restions une semaine dans chaque ville, et progressivement, progressivement, le succès a grandi, grandi, grandi. À la fin, nous faisions salle comble partout où nous allions. Puis nous sommes arrivés à Londres, au Wyndham’s Theatre, où nous avons joué à guichets fermés ; ensuite, un producteur de Broadway s’est intéressé à la pièce, et nous sommes partis à Broadway.
Et là aussi, nous avons joué à guichets fermés, ce qui, pour une pièce vieille de deux mille ans, était absolument fantastique. J’ai supplié les producteurs d’afficher le nom d’Euripide en lettres lumineuses. Deux mille ans plus tard, quelle merveille, mettons son nom là-haut ! Et ils ont dit : « Non, non, non, cela fera fuir les gens. » Et j’ai dit : « Eh bien, il paiera lui-même. » Ils ont refusé. Mais nous étions là, à Broadway, à guichets fermés, et c’était toujours la même troupe. Nous étions restés ensemble du début à la fin. Pour moi, c’est l’expérience idéale avec une pièce qui commence si modestement, sans qu’on imagine vraiment qu’elle fera un jour un tel voyage. Pourtant, elle l’a fait, et cela a été un miracle. J’y repense avec tant de plaisir. Vraiment… oui.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Vous avez parlé des tournées. Quel est l’endroit le plus intéressant où vous ayez jamais joué en tournée ?
DAME DIANA RIGG :
Nous avons fait une tournée… La Royal Shakespeare Company a tourné derrière le rideau de fer au début des années soixante, et je pense que l’endroit le plus intéressant était la Russie. Nous avons joué à Moscou et à Leningrad. Moscou était… c’était en fait à Leningrad que nous avons joué au Palais de la culture Lensoviet, qui pouvait accueillir deux mille personnes. Je peux dire maintenant que j’ai joué devant deux mille personnes. C’était un cauchemar. Il y avait de petites dames dans des cabines à l’avant qui faisaient de la traduction simultanée, et vous pouvez imaginer cette traduction simultanée diffusée parmi deux mille personnes ; le retour sonore donnait littéralement l’impression d’entendre des perruches.
Quand nous avons joué à Moscou, c’était fascinant, parce que nous avions été… nous étions la première compagnie occidentale à s’y produire depuis assez longtemps. Des étudiants se cachaient partout dans le théâtre, simplement pour entendre. Ils étaient jusque dans les [inaudible] ; ils ne pouvaient pas voir le spectacle, seulement l’entendre. Ils s’étaient cachés, ils se cachaient dans les loges, n’importe où, n’importe où pour… Ils avaient tellement soif de cela.
Je me souviens aussi avoir rencontré madame Fourtseva, qui était ministre de la Culture. Elle était extraordinaire. Elle était tellement [inaudible]. Elle disait : « Oui, mes peuples sont maintenant prêts à lire », et elle décidait de ce qu’ils avaient le droit de lire ou non. Nous sommes allés dans une galerie d’art où, vous savez, les tableaux étaient choisis par le même Comité central, et sous chaque peinture acceptée se trouvaient huit copies. Et on se demandait : « Où est passée la créativité, enfin ? »
Khrouchtchev. J’ai rencontré Khrouchtchev, cet homme très imposant. Enfin, nous l’avons tous rencontré, puisqu’il est venu dans les coulisses. Il est venu après avoir vu La Comédie des erreurs. Je crois qu’il a dû être très dérouté par la pièce. De toute façon, il n’avait guère le sens de l’humour. Mais Elizabeth Spriggs, une merveilleuse actrice, jouait la courtisane, et elle portait un costume très révélateur. Elle avait une poitrine très généreuse, et Khrouchtchev était absolument fasciné par cette poitrine. Il y avait un bol de bonbons sur la table, et les bonbons russes sont gros, vous savez, comme les Quality Street, mais de gros Quality Street. Et Elizabeth Spriggs… Il ne cessait de déposer ces bonbons [passage incertain : peut-être « dans son décolleté »]. Et quand on le voyait, vous savez, des années plus tard, effectuer des visites d’État et tout le reste, [passage incertain] : « Je vous ai vu glisser des bonbons [dans] le décolleté d’Elizabeth Spriggs. »
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Avant de passer aux questions du public, je me demandais si nous pouvions aborder un sujet un peu différent. Vous avez dit plus tôt qu’en 2002, vous aviez affronté le Daily Mail après la publication d’un article diffamatoire à votre sujet.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, ils n’ont pas écrit de diffamation ; ils ont simplement, simplement écrit des absurdités, et ils m’ont prêté des paroles — cela nous étonne-t-il ? —, enfin, ils m’ont mis des mots dans la bouche. Et j’ai pensé, j’ai pensé que je devais réagir. On m’avait conseillé de ne pas le faire, et tout le monde disait : « Oh, vous savez, ce cliché : demain, ce journal servira à emballer le poisson et les frites. » Eh bien, non. Ce n’est tout simplement pas vrai.
Parce qu’ils avaient dit que j’avais… ils… J’avais une maison en France, j’ai une maison en France11. Ils ont trouvé je ne sais comment où j’étais. Ils ont envoyé un photographe là-bas. Ils m’ont photographiée avec une énorme baguette, en inscrivant : « Les courses pour une personne. » Ils ont ensuite affirmé que je m’étais retirée du monde, que j’avais pris ma retraite et que je vivais recluse en France. Or c’est très préjudiciable, et aussi très déstabilisant. C’est un peu comme si on vous disait : « Vous allez prendre votre retraite. » Ils dictent votre vie.
J’ai donc dû me défendre, et cela a été une procédure tortueuse. Je ne la conseillerais à personne, parce qu’ils jouent salement. Bien sûr qu’ils le font. J’étais absolument fascinée par les dames qu’ils avaient sous contrat. C’étaient des femmes, en tailleurs de pouvoir, parfaitement soignées. Elles étaient toutes rémunérées à l’année, et elles étaient là, à mentir, à manipuler le droit pour démontrer quelque chose qui était faux.
Il a donc fallu que je me batte, et je l’ai fait, et, et nous avons gagné, Dieu merci. Le rédacteur en chef du Daily Telegraph m’a proposé d’écrire un article à ce sujet. Je l’ai fait, et j’ai reçu des réactions du grand public, de gens qui avaient vécu des situations semblables. Je me souviens d’un père dont la fille avait vu sa réputation démolie par le Daily Mail, sans avoir aucun moyen d’obtenir réparation. Je suis opposée à cette sorte de presse qui aime jeter de la boue sur des gens sans défense. Je, je ne suis pas d’accord avec cela, et je me battrai si cela se reproduit un jour.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Et après l’enquête Leveson12, pensez-vous que les choses se soient améliorées sur ce point ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je pense, je pense qu’ils savent qu’il existe une limite à partir de laquelle la justice intervient. Cela, au moins, ils ont dû le reconnaître. Alors qu’avant, il y avait… Je veux dire, c’était manifestement… dans mon cas, c’était un mensonge complet, et ils m’avaient littéralement mise à la retraite. Et c’était il y a trente ans… être mise à la retraite. Et, chose intéressante, quatre mois plus tard, des gens me disaient : « Oh, je croyais que vous étiez partie vivre en France. » Je veux dire, le pouvoir de ces journaux est immense. Ne le sous-estimez jamais, jamais.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
C’est un point assez poignant pour donner la parole à la salle. Euh, si vous avez une question, levez la main et attendez qu’on vous apporte le micro. Alors, une première question ? Oui, là-bas.
PERSONNE DU PUBLIC 1 :
Merci. Tout d’abord, merci pour cette merveilleuse conférence. Je l’ai énormément appréciée, et c’était, c’était très fascinant. Mais grand-mère a à peu près votre âge, et elle adorait vous regarder quand elle était plus jeune. Pour elle, vous incarniez en quelque sorte l’élégance même, car elle venait d’un milieu ouvrier modeste. Mais elle a été très surprise de vous voir dans Doctor Who13 il y a quelques années, avec un accent très marqué du Yorkshire. Alors, n’avez-vous jamais souhaité avoir davantage d’occasions d’être un peu, un peu moins, vous savez, Médée et Shakespeare, et un peu plus Yorkshire dans vos rôles ?
DAME DIANA RIGG :
Oui, eh bien, je, je viens du Yorkshire, et j’en suis très fière aussi, je tiens à le dire. Bien que j’aie grandi en Inde, mon père est parti là-bas construire des chemins de fer, et j’y ai été élevée. Et oui, j’adorerais, j’adorerais ça. Je veux dire, tout le monde pense, à cause de la façon dont je parle… mais je peux prendre un sacrément bon accent du Yorkshire. Alors j’espère pouvoir jouer un rôle, oui, avec un accent du Nord, ce serait un immense plaisir.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, passons au monsieur au premier rang.
PERSONNE DU PUBLIC 2 :
Merci. Que pensez-vous des évolutions plus ou moins récentes de la mise en scène et de la direction d’acteurs, qui s’éloignent de plus en plus de ce que les personnes conservatrices pourraient appeler l’intention de l’auteur, si elle existe, [fin de question inaudible] ?
DAME DIANA RIGG :
Oh, eh bien, je ne comprends pas très bien cela, parce que nous sommes là pour servir le texte. Je veux dire, c’est fondamental dans notre métier. Quand on s’écarte du texte, on ne fait pas son travail. J’ai eu une rencontre très intéressante avec Arthur Miller il y a des années, à Boston. Il devait recevoir un prix, j’étais là aussi, et nous étions arrivés trop tôt. J’ai proposé que nous allions prendre un verre, ce que nous avons fait. Et j’ai saisi l’occasion — quelle merveilleuse occasion de pouvoir parler à ce dieu —, et je lui ai dit : « Dites-moi, parmi toutes les pièces que vous avez écrites et que vous avez vues jouer à leur création, lorsque vous les revoyez des années plus tard, quelles sont les différences les plus importantes que vous ayez remarquées ? » Il y a eu une pause, il m’a regardée et a répondu, avec regret : « La personnalité. » Cela résume tout, n’est-ce pas ? Les gens choisissent d’apporter leur propre personnalité à un rôle, au lieu de servir ce rôle.
PERSONNE DU PUBLIC 2 :
Ne pensez-vous pas qu’il y ait une certaine valeur à cela, si un acteur ou une actrice célèbre apporte sa propre personnalité, que cela peut faire venir beaucoup plus de jeunes [expression incertaine] voir la pièce, même si cela lui fait abandonner une partie de [inaudible] ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je ne dis pas que parce qu’ils sont célèbres, ils manipulent ou déforment nécessairement le rôle qu’ils jouent. Je pense plutôt le contraire. Pour la plupart, ils tendent à servir le rôle ; mais ce sont évidemment des interprètes fascinants, et ils deviennent donc passionnants à regarder. Cependant, euh, ils ne déforment pas tous le rôle. Je pense que c’est la déformation que les auteurs détestent, et si j’étais auteure, je la détesterais. « Oh, ce n’est pas comme cela que je l’avais envisagé. Pourquoi apporter à mon œuvre ce que vous trouvez important plutôt que ce que moi je trouve important ? »
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, la main juste derrière.
PERSONNE DU PUBLIC 3 :
Merci beaucoup, et tout d’abord, vous êtes une véritable inspiration. Je voulais savoir : lorsque vous tourniez Chapeau melon et bottes de cuir et James Bond, faisiez-vous vous-même certaines cascades, ou aviez-vous une doublure ?
DAME DIANA RIGG :
J’avais, j’avais une charmante jeune femme qui me doublait de temps en temps, mais, vous savez, j’étais assez, assez sportive. Je faisais moi-même pas mal, pas mal de ces choses-là. Dans le Bond, je ne skiais pas. Je ne savais pas skier. Il y avait donc un monsieur déguisé en moi, sur des skis, qui s’appelait Willy Bogner. Il appartenait à cette célèbre famille des Alpes, ils skiaient tous, et lui était champion de ski, tout cela. Et un jour, il m’a demandé : « Aimeriez-vous, aimeriez-vous savoir ce que cela fait de skier ? » J’ai répondu : « Oui, mais comment ? » Il m’a dit : « Je vais vous prendre sur mon dos. » C’était la chose la plus sexy qu’on puisse imaginer. Bref, nous avons descendu la piste, moi sur son dos, descendu, je veux dire, tout droit, et bien sûr, vous savez, il faut ne faire qu’un avec lui, suivre son rythme et tout cela. Et, mon Dieu, c’était absolument merveilleux. Cela n’a pas débouché sur une relation charnelle, mais c’était ce qui s’en rapprochait le plus.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, la main à droite.
PERSONNE DU PUBLIC 4 :
Lady Olenna est manifestement l’un des personnages préférés des fans de Game of Thrones.
DAME DIANA RIGG :
Oui.

PERSONNE DU PUBLIC 4 :
Euh, je me demandais si vous pouviez nous raconter comment, en préparant ce rôle, vous êtes parvenue à comprendre ce personnage.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, nous parlions de cela, et [mots inaudibles] le mal : jusqu’à quel point suis-je capable de faire le mal ? Et je pense sincèrement que, d’abord, jouer une méchante est bien plus intéressant que jouer une gentille. Je veux dire, les gentils sont ennuyeux, tandis qu’un méchant a une capacité infinie à faire le mal et, et, et à créer du drame. Oui. Alors je ne me suis pas préparée. Tout est sur la page, vous savez. Vous apprenez le texte, et vous savez que la condition humaine, que nous partageons tous, contient tous les ingrédients, et qu’il existe une part de mal. Je, je la reconnais. Je veux dire, je ne pourrais pas tuer, mais je reconnais le mobile qui pousse au meurtre : la jalousie. Vous avez tous déjà ressenti de la jalousie ? Oui, vous faites tous les timides, n’est-ce pas ? Vous faites les timides et les saints. Eh bien, je ne suis pas d’accord. Beaucoup d’entre vous ont connu la jalousie, et la jalousie est le tremplin vers toutes sortes de mal, n’est-ce pas, au fond ? Alors, si vous avez ressenti ce petit germe tortueux de mal en vous, vous pouvez le développer dans toutes les directions. Voilà pourquoi je trouve si, si merveilleux de jouer les méchants. Et puis je sors du rôle, et je suis une sainte.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, passons à cette main là-bas. Attendez simplement que le micro arrive, une seconde. Voilà…
PERSONNE DU PUBLIC 5 :
Merci. Encore Lady Olenna. Je suis fan de Game of Thrones. Je voulais simplement savoir si vous aviez également lu les romans avant de jouer dans Game of Thrones, ou si vous vous étiez contentée des scénarios et…
DAME DIANA RIGG :
Oh, non, non, on s’en tient au scénario. La question, c’était : est-ce que nous improvisons ?
PERSONNE DU PUBLIC 5 :
Non, non, je voulais vous demander si vous aviez également lu les romans avant de jouer dans Game of Thrones.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Désolé. Oui, à la main… oui, monsieur.
PERSONNE DU PUBLIC 6 :
Eh bien, tout d’abord, je dois dire que, puisque vous vous êtes débarrassée de Joffrey, je ne vous considère pas comme une méchante. Mais pour rester sur le thème de Game of Thrones, quelle a été votre scène préférée à jouer, et avec quel partenaire avez-vous préféré travailler ?
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je crois que la dernière scène était tout simplement la meilleure à jouer. Mon Dieu, quel cadeau ! Je dirais Charles Dance, parce que j’ai travaillé avec lui il y a très longtemps. Nous avons joué ensemble une pièce d’Ibsen il y a très longtemps, et c’est, c’est merveilleux de retrouver des comédiens. Et il est, euh, il est merveilleusement [mots inaudibles], n’est-ce pas ? Alors c’était formidable de jouer, de rejouer avec lui, et je l’aime beaucoup.
PERSONNE NON IDENTIFIÉE :
Avec quel partenaire avez-vous préféré travailler au cours de toute votre carrière ?
DAME DIANA RIGG :
Euh, j’ai beaucoup travaillé avec Alec McCowen, dont vous ne vous souviendriez pas. J’ai beaucoup travaillé avec Ian Richardson. Oui, Simon Russell Beale, j’ai fait une pièce avec lui. On devient simplement, on devient très proche des gens. Cela crée des liens merveilleux. Il y a des metteurs en scène qui, je ne sais pas trop pourquoi, décident qu’il est temps de faire des exercices de confiance, et je dois dire que, là, je décroche un peu, parce que la plus grande preuve de confiance qu’on puisse donner, c’est de monter sur scène avec quelqu’un. On a tellement besoin l’un de l’autre, on compte tellement l’un sur l’autre, on se stimule tellement, on se met tellement au défi, que tout est déjà là, prêt à être vécu. Merveilleux.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, cette main… oui, vous, monsieur.
PERSONNE DU PUBLIC 7 :
Merci. Il y a deux semaines, j’ai assisté à une conférence de Mark Williams, l’acteur qui incarnait Arthur Weasley dans la série Harry Potter. Il expliquait qu’en tant qu’acteur, il faut apporter une bonne part de sa propre personnalité au rôle que l’on joue, faute de quoi on s’efface un peu, on ne parvient pas à se distinguer. J’ai trouvé cela assez intéressant. Or, vous disiez qu’il faut rester fondamentalement fidèle au texte. Donc, pensez-vous que, pour réussir en tant qu’acteur, et peut-être même apporter sa propre touche à un texte, on doive être fondamentalement esclave du texte ? Ou bien pensez-vous qu’il soit souhaitable qu’un acteur puisse y apporter ses propres interprétations et rendre un texte comme Médée pertinent pour l’époque moderne ?
DAME DIANA RIGG :
Je crois que vous formulez mal la question, parce que vous dites « esclave du texte ». Moi, je dirais « servir le texte ». Et c’est en se connaissant soi-même, en comprenant le personnage que l’on joue, qu’on apprend jusqu’où il faut aller pour se fondre dans ce rôle. J’espère m’être bien expliquée : on n’est pas son esclave, on le sert. En d’autres termes, le texte est plus grand que vous. Il doit l’être, puisqu’il a été conçu par quelqu’un d’autre, qui y a consacré énormément de réflexion, de soin et de travail ; et je crois qu’il faut le reconnaître. Et servir… autrement dit, je place l’écriture… je, je vénère la belle écriture. Que serait notre théâtre sans de bons textes ? Je veux dire, nous n’existerions pas. Nous n’aurions pas de carrière. Nous ne pourrions pas, nous n’aurions aucun moyen de gagner notre vie sans de bons textes. J’ai travaillé avec de mauvais textes, et on fait ce qu’on peut pour les transformer en bons textes, mais cela ne marche pas toujours. En fait, cela marche rarement. Mais une écriture vraiment bonne, c’est un tel cadeau. Pourquoi la déformer pour servir ses propres objectifs ? Je ne comprends pas cela.
PERSONNE DU PUBLIC 7 :
Alors, à quel endroit laissez-vous votre propre personnalité entrer dans le texte ? Où, comment lui permettez-vous de créer ce genre de choses ?
DAME DIANA RIGG :
Oui, je veux dire, c’est vous, avant toute autre chose. C’est votre voix, votre cerveau, c’est votre corps qui interprète, c’est votre esprit. Il y a, il y a beaucoup de choses, mais cela ne doit pas être au détriment du texte, au détriment du personnage que l’on joue. J’ai vu des interprétations, et croyez-moi, elles sont captivantes. Vous savez, ces, ces stars qui font leur numéro, elles sont absolument brillantes et captivantes, certaines d’entre elles, pas toutes. Et on est assis là en se disant : « Vous êtes brillant. Vous êtes vraiment brillant. Mais vous ne servez pas votre texte. Désolée, mon chéri. Non. »
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, la main au fond.
PERSONNE DU PUBLIC 8 :
Bonjour, merci. Euh, il y a ce film d’horreur culte, Theatre of Blood, et je me demandais si vous pouviez nous parler un peu de votre expérience sur ce film et de ce qu’il représente pour vous, parce qu’il est fantastique.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je l’ai adoré. Je, euh, je ne sais pas si vous l’avez vu. Vous savez, je recommande très rarement quelque chose, mais c’est tellement amusant, et c’est un sacré… Theatre of Blood, voilà son titre, et il y a énormément de sang. J’y jouais avec Vincent Price, qui était, mon Dieu, absolument délicieux. Un homme merveilleux. Et il… il avait été… c’était un acteur shakespearien, et il devait réciter, vous savez, pas mal de Shakespeare, et il le faisait très bien. Je veux dire, il était le maître du macabre et du… du cinéma d’horreur, et c’était un peu du gâchis, dans un sens, parce que c’était un très, très bon interprète de Shakespeare.
Il m’a raconté — et nous avions beaucoup de temps ensemble, vous savez, à rire, il avait un sens de l’humour merveilleux — il m’a raconté une histoire à propos de Boris Karloff et de… comment s’appelait l’autre vedette de films d’horreur ? Est-ce que quelqu’un s’en souvient ? Il y avait Boris Karloff et… vous vous souvenez ? Non, non, pas Vincent. C’était… ils étaient deux, et ils… non, un Américain. Pas Lon Chaney. Un autre. Bref, croyez-moi, ils étaient deux, et Boris… Boris Karloff, appelons l’autre monsieur X. Boris Karloff et monsieur X étaient au coude-à-coude pour le titre de roi du cinéma d’horreur, et monsieur X est mort avant Boris Karloff. Boris Karloff avait un léger zézaiement. Vincent Price est allé avec Boris Karloff aux obsèques de monsieur X, à [la présentation du corps ?], et lorsqu’ils se sont approchés du cercueil — c’est Vincent Price qui me l’a raconté — Boris Karloff s’est penché sur le cercueil et a dit : « Tu ne me fais pas marcher, au moins, mon chéri ? » Je trouve cela absolument merveilleux.
Et il y a autre chose : Vincent Price… Coral Browne jouait aussi dans le film. Il y avait beaucoup de vedettes. Et Coral Browne et Vincent exécutaient une sorte de petite pavane l’un autour de l’autre, et je savais qu’ils… je savais qu’il se passait quelque chose. Ils avaient tous les deux largement dépassé la soixantaine, et, euh, Vincent m’a demandé de l’accompagner à une représentation de bienfaisance un dimanche. Nous y sommes donc allés en voiture, Coral était là, et nous sommes allées ensemble aux toilettes pendant l’entracte. Coral était dans la cabine voisine, et je l’ai entendue dire de sa voix merveilleuse : « Cela fait longtemps que je n’ai pas eu envie de quelqu’un de mon âge, mais Vincent Price me plaît. » Alors je me suis dit : « Ah ah ! » Et, sur le chemin du retour, Vincent a dit : « C’est l’anniversaire de Coral la semaine prochaine. Je ne sais pas quoi lui offrir. » Or, Vincent était vraiment radin. Alors je lui ai dit : « Vincent, tu l’as sur toi, et cela ne te coûtera pas un sou. » Vous avez compris ?
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question. Oui, au fond, cette main-là.
PERSONNE DU PUBLIC 9 :
Ce sera très rapide. La personne à laquelle vous pensez, c’était Bela Lugosi ?
DAME DIANA RIGG :
Pardon ?
PERSONNE DU PUBLIC 9 [attribution incertaine] :
Bela Lugosi.
DAME DIANA RIGG :
Exactement ! Bela Lugosi. Très bien. Dieu merci pour Google, hein ?
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Une autre question. Oui, oui.
PERSONNE DU PUBLIC 10 :
Bonjour. Je crois que je fais partie des chanceux. J’étais à Londres et je suis venu vous voir dans Médée. Vous étiez… magnifique. Je veux dire, votre voix, la façon dont vous entriez sur scène, j’étais fasciné. C’était comme… je venais d’arriver à Londres, et c’était la première pièce que… je n’ai jamais oublié. Et c’est quelque chose qui, je crois, restera avec moi toute ma vie. Ce soir-là, en vous regardant — et jusqu’à aujourd’hui, je pensais que c’était votre vraie voix —, elle était tellement puissante, et votre façon d’entrer sur scène avec cette voix… Comment faites-vous pour vous détacher… vous sortez d’un personnage… est-ce difficile de redevenir Diana Rigg après une interprétation aussi intense ?
DAME DIANA RIGG :
[Premiers mots peu clairs.] Mais le fait est que non. Je n’ai aucune difficulté. Je ne rapporte jamais rien chez moi. Cela ne sert absolument à rien. Certains acteurs trouvent que c’est ainsi qu’ils choisissent de vivre. Pour ma part, je mets tout dans le temps que je passe au théâtre, et j’adore la préparation. Vous savez, on est là avant que le rideau se lève, on est là… eh bien, généralement, j’arrive une heure avant. Ce n’est pas tant pour entrer dans le personnage que pour cette préparation, le fait d’être seule, de se maquiller, d’enfiler son costume, puis ce moment de la marche vers la scène. Et j’adore cela : entrer sur scène, et cet instant où l’on rencontre le public. On pense être déjà dans la scène, mais on reste en même temps consciente de la nature du public de ce soir. Comment est-il ce soir ? Et, vous savez, de manière très instinctive, on lance des sortes de sondes pour voir comment il est. Est-il avec vous, ou faut-il le conquérir ? Est-il assis, les bras croisés, en disant : « Montrez-moi ce que vous savez faire », ou brûle-t-il d’envie que vous réussissiez ? Voilà ce que j’aime tant. Cela paraîtra peut-être pompeux, et j’espère que non, mais c’est une communion, avec le public. Quand on y réfléchit, les gens viennent pour croire ; c’est donc une communion. Et notre responsabilité est de répondre à cette confiance avec toutes les ressources et tout l’art de notre métier.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Prenons une autre question.
PERSONNE DU PUBLIC 11 :
Alors, puisque vous avez évidemment joué dans beaucoup de pièces de Shakespeare, que pensez-vous d’institutions comme le Globe qui changent le genre de certains personnages et qui proposent éventuellement des mises en scène plus modernes ? Je sais qu’il y a eu une sorte de conflit, il y a quelques années, avec la direction du Globe à ce sujet.
DAME DIANA RIGG :
Je suis vraiment désolée, je n’ai pas… je n’ai pas entendu la fin de votre question.
PERSONNE DU PUBLIC 11 :
Je crois qu’il y a eu une sorte de conflit avec la direction du Globe il y a quelques années à ce sujet, alors je voulais connaître votre avis. Il s’agit de changer le genre des personnages, par exemple. Je pense à une production d’Othello dans laquelle Cassio était joué par une femme.
DAME DIANA RIGG :
Eh bien, je ne l’ai pas vue, donc je, je ne peux vraiment pas faire de commentaire, sinon sur le principe. Je veux dire, nous sommes à une époque où toutes sortes de frontières deviennent floues, et si c’est ce que veut le public actuel, alors je dis : allez-y. Pourquoi pas ? Soit cela fonctionne, soit cela ne fonctionne pas, et si cela ne fonctionne pas, nous passerons à une autre forme d’expérimentation. Est-ce que cela vous paraît sensé ? Je, je ne fermerais pas la porte à quelque chose qui pourrait, je ne sais pas, attirer un nouveau public. L’essentiel, c’est de remplir les salles, n’est-ce pas ?
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Oui, passons à la personne qui a levé la main au fond de la salle.
PERSONNE DU PUBLIC 12 :
Vous décrivez une existence plutôt terne quand vous étiez, vous savez, jeune…
DAME DIANA RIGG :
Ah bon, j’ai fait cela ?
PERSONNE DU PUBLIC 12 :
Quand vous avez dit que tout ce que vous aviez, c’était Chubby Checker. Or je vous ferai remarquer que nous avions évidemment Elvis. Et puis, dans les années soixante, au début des années soixante, quand de jeunes hommes comme moi vous trouvaient absolument extraordinaire, c’était l’époque des années soixante, vous savez, sexe, drogue et rock’n’roll, et vous étiez en plein dedans. Vous n’avez pas passé des années soixante formidables ?
DAME DIANA RIGG :
Vous voulez que je vous parle de ma vie sexuelle ?
PERSONNE DU PUBLIC 12 :
Pas nécessairement.
DAME DIANA RIGG :
Je ne vais pas le faire. Mais dans le Yorkshire, nous n’avions pas Elvis Presley, nous n’avions que Chubby Checker. Pour nous, évidemment, les choses ont radicalement changé dans les années soixante, et Dieu merci, car quand je grandissais, il y avait… il y avait une chape de silence sur tant de sujets. Je veux dire : l’homosexualité, le racisme, le sexe, même les relations sexuelles hétérosexuelles. Personne… moi, en tout cas… mais là d’où je venais, dans le Yorkshire, personne n’en parlait du tout. Et, vous savez, Dieu merci, nous avons parcouru tout ce chemin depuis.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Question suivante, et je crois que nous avons encore le temps pour une ou deux questions. D’autres questions ?
PERSONNE DU PUBLIC 13 :
Dame Diana, vous avez traversé les générations. Vous avez fait irruption dans ma vie, en Autriche, lorsque j’étais adolescente, et, dans le rôle d’Emma Peel, vous m’avez transmis l’idée que je pouvais faire des choses que mes parents m’affirmaient impossibles. Je suis ravie de voir que le public présent ici aujourd’hui se lie à vous de la même façon. Et entre-temps, il y a eu les interprétations extraordinaires que je vous ai vue donner. Pourriez-vous nous dire comment vous avez réussi cela, depuis Emma Peel, qui était un peu trop douce et tout cela, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à Game of Thrones ? Pouvez-vous m’expliquer ce que vous avez personnellement, comment vous… comment êtes-vous parvenue à garder votre public, depuis les gens de mon âge jusqu’à ceux de cet âge-ci ?
DAME DIANA RIGG :
J’ai simplement eu de la chance, je dois le dire, parce que les rôles sont arrivés. Et j’ai aussi… j’ai… oh mon Dieu, oui, je me suis retrouvée sans travail, et, et, et c’était, c’était assez terrible. Je, euh, j’ai compilé un livre — je ne sais pas, je, vous savez, je ne… on ne peut plus l’acheter, donc je ne cherche pas à le vendre — qui s’intitule No Turn Unstoned. Il parle de l’histoire du théâtre et de toutes les mauvaises critiques qu’ont reçues les uns et les autres. Et je vous raconterai la mienne à la fin, croyez-moi. Je ne vais pas me dérober. Je parle comme Trump, n’est-ce pas, quand je dis « croyez-moi » ? Cela vous rappelle quelque chose ? Bref, oui. J’en ai tiré une conférence, et j’ai fait une tournée des universités américaines, ce qui m’a permis de traverser une période vraiment difficile.
Je crois, je crois que d’abord, il faut… il faut avoir de la chance, et il faut… Je veux dire, on m’a proposé Game of Thrones. Quel cadeau à mon âge ! Avant cela, j’avais fait Doctor Who, j’avais fait, vous savez, toutes les pièces que j’ai jouées, de la télévision à n’en plus finir, certaines bonnes, d’autres mauvaises. Mais à chaque étape, on apprend, et je crois que le fait d’avoir refusé de simplement faire du surplace a entretenu ma carrière. Et je conseillerais à quiconque débute de se remettre constamment, constamment en question. Je veux dire, je crois que c’est la même chose dans tous les métiers. On ne peut pas simplement ne pas vouloir savoir.
Par exemple, j’ai une vie, une vie merveilleuse, en dehors du théâtre. Je lis énormément. J’ai été pendant dix ans chancelière de l’université de Stirling14. J’étais chancelière de cette université. J’ai siégé dans d’innombrables conseils d’administration. J’ai beaucoup voyagé à travers le monde, et pas nécessairement dans des quatre-étoiles. Je suis allée dans des endroits comme les Galápagos et le Bhoutan, parce qu’ils existent et que je brûle de les voir, d’apprendre et de m’imprégner de ce que j’y découvre. Je suis allée en Birmanie il n’y a pas longtemps. Voilà ce que je suis. Je ne suis pas seulement une actrice. Je suis une personne aux goûts et aux besoins très divers. Et j’ai besoin d’être la personne que je suis. Pour être cette personne, j’ai besoin de la nourrir. Cela a-t-il un sens ? Sans être désespérément excentrique — ce que je ne suis pas, j’espère que vous le savez. Enfin, peut-être un peu.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Passons encore à une dernière question.
PERSONNE DU PUBLIC 14 :
Bonjour, je suis un grand un grand admirateur de votre interprétation de Mrs Danvers dans Rebecca, qui est l’une des antagonistes les plus emblématiques de l’histoire littéraire. Je voulais savoir si vous aimiez déjà le roman de Daphné du Maurier et si vous aviez pris plaisir à jouer un personnage aussi extraordinaire.
DAME DIANA RIGG :
Oui, j’ai adoré… la question portait sur Mrs Danvers dans Rebecca. J’ai adoré la jouer. Judith Anderson, une très grande actrice américaine, l’avait incarnée avant moi, et je crois qu’elle avait reçu des tas de récompenses. C’était donc un peu un défi, parce que, vous savez, une interprète précédente s’était tellement approprié ce rôle. Ce qui m’a… je crois que, quand j’étais à l’école, nous avions une passion, cela s’appelait un « pash15 », une passion pour des filles plus âgées à l’école. Pas nécessairement charnelle, dois-je ajouter, mais on avait simplement… et, et je m’en suis souvenue. Je me suis dit que, dans l’amour que Mrs Danvers porte à Rebecca, dans son obsession pour Rebecca, il y avait quelque chose de cet amour passionné d’une écolière pour une autre. J’avais donc une perruque, coiffée sur le côté, avec une pince Kirby, pour évoquer précisément cette allure d’écolière ?.
Encore une fois, à propos des personnages mauvais, des méchants : n’oubliez jamais que parfois l’impulsion, l’impulsion a mal tourné, mais que l’impulsion initiale était l’amour. Elle aimait cette femme, et cet amour s’est transformé en obsession, puis cette obsession s’est transformée en mal, et tout cela s’est développé. Encore une fois, j’ai pris énormément de plaisir à le faire, parce que c’est une merveilleuse adaptation, et que c’est aussi un merveilleux livre. Oui, j’ai adoré.
PRÉSENTATEUR DE L’OXFORD UNION :
Merci beaucoup. Je crois donc que nous avons quelque chose à…
DAME DIANA RIGG :
Oui. J’ai, j’ai, j’ai découvert ce poème, que je trouve divin, et je ne pense pas vous avoir assez fait rire ce soir. Il s’intitule An Epitaph for an Elderly Actress, de Noël Coward16.
She got in a rage
About age
And retired, in a huff, from the stage.
Which, taken all round, was a pity
Because she was still fairly pretty
But she got in a rage
About age.
She burst into tears
It appears
When the rude, inconsiderate years
Undermined her once flawless complexion
And whenever she saw her reflection
In a mirror, she burst into tears
It appears.
She got in a state
About weight
And resented each morsel she ate.
Her colon she constantly sluiced
And reduced and reduced and reduced
And, at quite an incredible rate
Put on weight.
She got in a rage
About age
But she still could have played Mistress Page
And she certainly could have done worse
Than Hay Fever or Juliet’s Nurse
But she got in a terrible rage
About age.
And she moaned and she wept and she wailed
And she roared and she ranted and railed
And retired, very heavily veiled,
From the stage.
Conversation avec Diana Rigg
à l’Oxford Union, Oxford
La durée est d’environ 1 heure et 3 minutes.
Photos


Épitaphe pour une vieille actrice
Le poème que lit Diana Rigg ne manque évidemment pas de saveur. Son sens de l’humour est intact. Nous vous proposons ici l’enregistrement sonore de cette lecture, ainsi qu’une traduction littérale de ce poème, à commencer par son titre : « Épitaphe pour une vieille actrice ».
Elle se mit en colère
À cause de son âge
Et se retira de la scène, vexée.
Ce qui, tout bien considéré, était dommage
Car elle était encore assez jolie.
Mais elle se mit en colère
À cause de son âge.
Elle éclata en sanglots,
À ce qu’il paraît,
Lorsque les années, grossières et sans égards,
Altérèrent son teint autrefois sans défaut.
Et chaque fois qu’elle apercevait son reflet
Dans un miroir, elle éclatait en sanglots,
À ce qu’il paraît.
Elle se mettait dans tous ses états
À cause de son poids
Et en voulait à chaque bouchée qu’elle avalait.
Elle se lavait constamment le côlon
Et faisait régime, encore et encore et encore,
Et, à une vitesse tout à fait incroyable,
Elle prenait du poids.
Elle se mit en colère
À cause de son âge
Mais elle aurait encore pu jouer Mistress Page
Et elle aurait certainement pu faire pire
Que Hay Fever ou le rôle de la nourrice de Juliette.
Mais elle se mit dans une terrible colère
À cause de son âge.
Et elle gémit, pleura et se lamenta,
Et elle rugit, tempêta et pesta,
Et se retira, le visage dissimulé sous un épais voile,
De la scène.
- Chesterfield est une ville du Derbyshire, dans le centre-nord de l’Angleterre, qui comptait environ 76 400 habitants en 2021 et se situe à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Doncaster, ville natale de Diana Rigg. ↩︎
- Le Panatrope est un phonographe électrique, commercialisé par la marque Brunswick dans les années 1920 pour écouter des disques. ↩︎
- Jimmy Shand (1908-2000) est un accordéoniste écossais ↩︎
- Paul LeRoy Bustill Robeson (né le 9 avril 1898 à Princeton, dans le New Jersey, et mort le 23 janvier 1976 à Philadelphie, en Pennsylvanie) est un acteur, athlète, chanteur baryton-basse et militant afro-américain des droits civiques. ↩︎
- Retranscription incertaine ↩︎
- Ensemble féminin composé de deux pièces assorties : un pull à manches courtes ou sans manches et un gilet boutonné, généralement en maille fine, souvent en laine ou en cachemire. Très en vogue dans les années 1950 et 1960, il est associé à une élégance classique et bourgeoise. ↩︎
- Marque britannique de vêtements fondée en 1946 à Preston, dans le Lancashire, célèbre pour ses robes en coton aux imprimés colorés et fleuris, particulièrement populaires dans les années 1950 et portées notamment par la reine Élisabeth II. ↩︎
- Chanteur américain de rock’n’roll, célèbre pour avoir popularisé le twist dans les années 1960, notamment avec ses succès The Twist (1960) et Let’s Twist Again (1961) ↩︎
- Théâtre londonien d’environ 325 places, situé dans le quartier d’Islington, au nord de Londres. Ouvert en 1980, il est réputé pour ses productions de théâtre classique et contemporain, souvent reprises dans le West End. ↩︎
- Diana Rigg a interprété Médée d’Euripide à l’Almeida Theatre de Londres en septembre 1992 ↩︎
- Diana Rigg possédait une propriété à Mauvezin-d’Armagnac, dans les Landes, en Nouvelle-Aquitaine. Elle y séjournait depuis la fin des années 1990. ↩︎
- L’enquête Leveson est une enquête publique britannique lancée en 2011 à la suite du scandale des écoutes téléphoniques illégales pratiquées par certains tabloïds. Son rapport, publié en 2012, préconisait une régulation indépendante de la presse. ↩︎
- En 2013, Diana Rigg apparaît aux côtés de sa fille Rachael Stirling, pour la première fois à l’écran ensemble, dans Le Cauchemar écarlate (The Crimson Horror), épisode de Doctor Who diffusé le 4 mai. Elles y jouent une mère et sa fille, aux côtés de Matt Smith, interprète principal du Docteur. ↩︎
- L’université de Stirling (University of Stirling) est une université publique située à Stirling, en Écosse, au nord-ouest d’Édimbourg. Fondée en 1967, elle possède un campus aménagé dans un vaste parc, à proximité du château d’Airthrey. Le titre de Chancellor (chancelier ou chancelière) désigne une fonction honorifique et représentative dans les universités britanniques. Diana Rigg a occupé cette fonction de 1998 à 2008. L’université lui a d’ailleurs rendu un hommage officiel après son décès, en 2020. ↩︎
- Terme familier britannique, surtout employé autrefois dans les pensionnats de jeunes filles. C’est une abréviation de passion. Il désigne un béguin, une admiration passionnée ou un attachement sentimental intense, souvent d’une jeune fille pour une camarade plus âgée ou une enseignante. Dans ce contexte, la meilleure traduction de « pash » serait « béguin » ou « passion adolescente ». ↩︎
- Noël Coward (1899-1973) est un dramaturge britannique, également acteur, scénariste, compositeur, réalisateur et producteur. Il est célèbre pour son esprit, son élégance et son originalité. ↩︎
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